DE LA BAGUETTE MAGIQUE
Corinne (France)

La baguette magique est l’un des attributs principaux de la sorcière, avec le chaudron, le balai, le chat noir, et le nez crochu avec sa verrue, pour ne citer que cela. Chaque outil magique est relié à un Élément. Si l’athamé est relié au Feu, le balai à l’Eau, la baguette est quant à elle reliée à l’Air. Son usage peut être d’invoquer, de contrôler, de canaliser, de capter et diriger les énergies, mais aussi de tracer le cercle. Selon Papus, dans son « Traité méthodique de magie pratique », cet outil est défini comme un « instrument formé de bois et de fer magnétique qu’on appelle le bâton ou baguette magique. Cette baguette n’a d’autre but que de condenser une grande quantité de fluide émané de l’opérateur ou des substances disposées par lui à cet effet, et de diriger la projection de ce fluide sur un point déterminé ».

La baguette magique peut donc se définir comme le « bâton de pouvoir » de la sorcière. Pour aller plus loin dans cette étude, je voudrais vous parler du « traité pratique des baguettes magiques » écrit par Marc Neu, aux Éditions DANAE. Je savais déjà que le pouvoir de chaque baguette est différent en fonction du bois choisi, du métal utilisé, des ornements apposés, de l’intention de sa création par la sorcière. Après la lecture de ce livre, je me suis rendue compte que la fabrication est codifiée par des auteurs traditionnels comme Circé, Cornelius Agrippa, Eliphas Lévi, Papus, ou Franz Bardon. Cet ouvrage est extrêmement complet et complexe, mais rend d’autant plus importante la fabrication de ses outils magiques. La création d’une baguette est un travail précis et réfléchi; il va au-delà du simple fait de ramasser ou couper une branche d’un arbre, la décorer et la consacrer.

Il faut noter que Marc Neu est écrivain, formateur et surtout artisan ésotérique d’outils forgés dans le respect de l’Art magique et alchimique, que ce soit des athamés, encens, pendules ou encore des baguettes magiques notamment. Il explore les traditions pour en comprendre les mécanismes et les adapter à notre époque. L’intérêt pour ce traité est d’autant plus important, car il a donc été écrit par un spécialiste du sujet ayant une connaissance académique de son histoire et des pratiques afférentes, mais également une connaissance concrète de son usage et de sa fabrication, étant lui-même fabricant créateur de baguettes magiques.

Comme l’énonce l’auteur, « le but de cet ouvrage est de faire le point sur ce qu’est une baguette magique, comment la fabriquer, la consacrer et l’utiliser »; et ce but est plus qu’atteint. Après une brève introduction, il est traité du rôle de la baguette à travers les Ages, où il nous est rappelé qu’elle ne fait pas le magicien, mais ne fait qu’augmenter son potentiel et l’assister dans sa pratique. De même, la baguette est magique que lorsqu’elle est utilisée. Puis, Marc Neu évoque, à juste titre, que « pour trouver son propre style il faut étudier les grands artistes » nous ayant précédés, et nous présente les baguettes les plus célèbres ayant appartenu à des personnages et personnalités connues, telles que le roi Salomon avec le grimoire « Les Clavicules de Salomon », l’abbé Trithème au XVᵉ siècle ami et professeur de Cornélius Agrippa, Aleister Crowley ayant écrit l’un des meilleurs traités de haute magie (« Magick »), Eliphas Lévi ecclésiaste français figure majeure de l’occultisme du XIXᵉ siècle, Franz Brandon grand ésotériste du XXᵉ siècle, ou encore Gérald Gardner grande figure du renouveau du paganisme en Occident et ami d’Aleister Crowley. Il y rajoute les baguettes de la société initiatique anglaise « Golden Dawn » ("Hermetic Order of the Golden Dawn in the Outer") dont les deux baguettes les plus célèbres sont la baguette de Feu et la baguette lotus, et celles de la Wicca éclectique ou néo-paganisme.

Après une définition de la Magie et des différences entre Goétie, magie et théurgie, l’auteur entre dans le vif du sujet, en nous indiquant qu’une des étapes les plus importantes est celle du préambule, des questionnements et du choix du matériau, des symboles, des ornements, du nom, de l’analogie en lien avec le but de sa fabrication. Si la baguette est créée pour servir à capter l’énergie, les choix seront différents que pour une baguette servant à amplifier ou canaliser l’énergie, ou encore celle servant d’antenne pour capter une énergie élémentale, planétaire, etc. … le préambule à sa fabrication matérielle est la recherche de correspondances pour donner tout le pouvoir recherché à la baguette. Une partie très intéressante de ses recherches est la création d’une marelle ou glyphe, symbole personnel mis en œuvre dans une gestuelle afin de rendre la baguette active ou passive.

Les recherches poussées à leur terme, on entre dans la phase matérielle de la fabrication de la baguette magique avec ses différentes parties : l’anatomie avec la question importante du choix du bois et du moment de sa coupe ou ramassage, la forme que l’on veut y donner et les mesures ; la chambre de conduction améliorant la captation de l’énergie, la transmission de celle-ci et ayant pour fonction de différentier le type d’énergie captée et transmise; les symboles que l’on veut y apposer faisant partie intégrale du corps de la baguette (lettre hébraïque, runes, oghams, lettres cunéiforme, énochéennes, écriture céleste, alphabet thébain lié à Honorius de Thèbes, etc. …); et, les ornements permettant la fusion entre l’utilisateur et sa baguette.

Autre étape essentielle dans la fabrication de la baguette est sa consécration, faisant passer un objet profane dans le plan sacré, magique. Après avoir énoncé les principes et le fonctionnement, Marc Neu nous donne de nombreux exemples très utiles de consécration. Après l’avoir fabriqué, consacré, vient le moment de son utilisation, où l’auteur explore les différentes manières dont il est possible de faire usage de son outil magique.

En fin d’ouvrage, un « journal de la création d’une baguette » retrace tel un reportage photo les étapes de fabrication, pour une meilleure concrétisation du concept de création – partie très utile et appréciable. Ce traité contient également, en fin, la copie de l’« herbier astrologique de Culpeper » (Nicholas de son prénom) botaniste, herboriste, médecin et astrologue anglais du XVIIᵉ siècle.

Avec une approche très sérieuse, pertinente, pragmatique et concrète, l’ouvrage de Marc Neu est un outil quasi indispensable lorsque l’on a la volonté de créer sa propre baguette magique, si importante dans la pratique magique. Mais, comme le dit très bien Arnaud Thuly, ce traité va plus loin et nous amène à s’« interroger sur la place que la baguette magique peut revêtir dans vos (nos) disciplines et comment il vous (nous) sera possible de l’inclure à vos (nos) pratiques afin de les rendre plus efficientes et perfectionnées ».

Corinne, France