DES LOIS DE LA SORCELLERIE
Corinne (France)

De par mon cursus universitaire d’historienne de l’art et de juriste contentieux, j’ai appréhendé la sorcellerie, et l’ésotérisme en général, via l’Histoire et les procès de sorcellerie, l’Inquisition, les chasses aux sorcières. Loi et sorcière ont toujours eu un lien étroit dans l’Histoire.

La pratique de la magie a longtemps été considérée comme illégale, et reconnue comme un crime puni de la peine de mort. La recherche de la preuve de ce crime consistait notamment par l’exploration du corps de l'accusé pour y trouver le « punctum diabolicum », la marque imposée par le diable, qui se manifestait par une zone d'insensibilité sur le corps humain. Les croyances vis-à-vis de l'existence des sorcières et la chasse aux sorcières sont liées au contexte de l'époque et aux différents facteurs sociologiques et économiques existants. La France a été le théâtre de nombreux procès historiques de sorcellerie, allant de personnages mythiques tels que Jeanne d'Arc, à des procès considérés comme plus politiques, tels que le procès d'Urbain Grandier, dans le cadre de l'affaire des démons de Loudun. Au-delà des frontières françaises, la sorcellerie a connu de grands procès, tels que le procès des sorcières de Salem, pour ne citer que cet exemple connu du plus grand nombre.

En France, la première pierre à l’édifice de décriminalisation a été l’interdiction en 1587 de la pratique de l’ordalie par l'eau froide, qui avait pour fondement le jugement par Dieu à travers une épreuve : l'accusé était plongé dans une eau bénite par un prêtre; soit le corps flottait et l'accusé était coupable, soit le corps coulait et l'accusé était innocent, mais mort. Par la suite, l'arrêt du 24 juillet 1604 a permis à tous les accusés de sorcellerie de bénéficier d'un appel de droit, en cas de condamnation à mort ou à une peine afflictive du corps. La décriminalisation de la sorcellerie a été permise, enfin, par l'Édit de juillet 1682, après une longue action juridique du Parlement de Paris : la sorcellerie n'est alors plus considérée comme un crime pour la justice française. Au total, ces procès auraient causé la mort de plusieurs milliers de personnes, des femmes dans leur plus grande majorité, à travers toute l’Europe. La dernière sorcière brûlée en France le fut par des paysans à Bournel (Lot-et-Garonne) en 1826.

À côté de ces lois « mordues » persécutant les sorcières, un « code de déontologie », un « code d’honneur », si je puis dire, existe pour pratiquer la sorcellerie de manière « correcte ». Tout d’abord, il y a les Douze aspirations de la Sorcière, desquelles chaque personne se prétendant être une sorcière devrait s’inspirer :

— se connaître
— connaître son art
— apprendre
— appliquer son savoir avec sagesse
— atteindre l’équilibre
— contrôler ses paroles
— contrôler ses pensées
— célébrer la vie
— s’harmoniser aux cycles de la Terre
— respirer et manger sainement
— exercer le corps
— méditer.

La sorcellerie semble également être régie par Quatre Lois, également appelées les « Lois de la Pyramide des Sorciers », à considérer plus comme des guides à suivre pour que les rituels et sortilèges fonctionnent :

— savoir :
Celui qui utilise la magie sans avoir bien étudié la situation, et sans bien comprendre ce qu'il fait risque fort d'échouer.

— vouloir :
Sans volonté sincère, la magie n'a pas de moteur, et ne va nulle part. Il faut se donner le temps nécessaire pour apprendre, appréhender, comprendre et étudier la magie. La volonté est toujours payante.

— oser :
Celui qui n'a jamais le courage d'essayer ne réussira jamais rien. Il faut croire en soi, se lancer. « La Magie permet d’augmenter les probabilités de réalisation, en t’impliquant aussi, tu augmentes tes chances de réussite. Ne doute jamais de ton pouvoir et agis dans le sens de ton souhait » (Eve Korrigan, Petit Oracle Grimoire de Magie).

— se taire :
Dévoiler sa magie à ceux qui n'y croient pas ou souhaitent qu'elle échoue, peut la saboter. Le secret est souvent la meilleure des protections. Personnellement, je ne parle que très peu de ma pratique en tant que telle, car c’est pour moi quelque chose de privé, intime et un art avant tout occulte, donc caché et dont on doit garder le secret par définition. Le silence est d’or.

Je rajouterais à ces Quatre Lois :

— sois juste! :
« Pour que la Magie opère, tu respecteras le libre arbitre de chacun et tu ne nuiras à personne. Respecte toujours ce qui est juste. Pratique en toute conscience » (Eve Korrigan, Petit Oracle Grimoire de Magie).

— et, connais-toi! :
« Ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur. Tu attires ce qui vibre en toi. Aussi, connais-toi afin de transformer en toi, ce qui doit l’être pour prendre soin de ton être » (Eve Korrigan, Petit Oracle Grimoire de Magie).

On peut mettre en parallèle ce dernier principe avec un des enseignements de la Table d’émeraude ou « Tabula Smaragdina » en latin, qui énonce les préceptes de Hermès Trismégiste, fondateur mythique de l'alchimie, composée d'une douzaine de formules allégoriques et obscures, étant la fameuse correspondance entre le macrocosme et le microcosme : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

À ces principes généraux, il faut ajouter des lois plus spécifiques, inhérentes à certaines branches, traditions, croyances de la sorcellerie. Avant de vous énumérer les lois wiccanes, je voulais vous parler de l’Éthique des Dragons, concernant la magie draconique (cf les ouvrages de D. J. Conway), qui me parle énormément, même si je ne pratique pas cette magie en particulier (il faut tout de même avouer que les statuettes de dragons font partie de mon décorum depuis des années, comme des protecteurs, des guides) :

I. moins on en voit, plus on en fait
II. cherchez la vérité dans le cœur des cœurs
III. un mensonge brûle à la fois le menteur et celui qui écoute en silence
IV. soyez vrai envers la responsabilité de l’équilibre
V. le silence et la magie, les deux sont nécessaires
VI. honorer les aînés, puisqu’ils portent des connaissances anciennes importantes
VII. le mal ne donne pas d’avertissement et ne fait pas de pause pour le soulagement
VIII. la dignité parle bien d’un messager
IX. vous colorez votre propre lumière
X. ce qui impacte une pierre se reflète sur toutes les autres.

Dans la religion néo-païenne de la Wicca qui apparaît comme une religion initiatique, il existe 13 principes communiqués assez récemment, en 1974 aux États unis. Ces principes sont à appréhender comme des notions qui nous invitent à nous interroger sur l’équilibre, l’harmonie, le vivant, le sacré, le divin, l’éthique :

1. Les cycles de la nature : se mettre en accord avec les rythmes naturels des forces de la vie marqués par les phases de la lune, les quatre saisons, les quatre fêtes, les quatre saisons et éléments.

2. Notre intelligence nous donne une responsabilité unique envers notre environnement. Il faut rechercher à vivre en harmonie avec la nature, en équilibre biologique plaçant l’accomplissement de la vie et notre conscience au sein du concept d’évolution.

3. « Nous reconnaissons qu’il existe une puissance plus grande que celle qui apparaît à la personne ordinaire. (…) il s’agit d’une potentialité naturelle.

4. Nous pensons que la puissance créatrice dans l’univers s’est manifestée à travers la polarité masculine et féminine et que c’est la même puissance créatrice qui crée l’interaction entre le masculin et le féminin. Nous n’en estimons aucune supérieure à l’autre, sachant qu’elles se soutiennent mutuellement. Nous pensons que le sexe peut-être considéré comme un plaisir, comme un symbole, comme l’incarnation de la vie et comme une des sources cachées de l’énergie utilisée dans la pratique de la magie et de la religion.

5. Nous reconnaissons l’existence des mondes extérieurs et intérieurs parfois appelés, psychologiques, spirituels, inconscient collectif, etc. Nous reconnaissons l’existence d’une interaction entre ces deux dimensions qui se traduit de plusieurs manières, par exemple par la spiritualité, la magie ou les phénomènes paranormaux. En conséquence, nous ne négligeons aucune dimension par rapport à une autre et nous considérons le monde dans sa totalité par rapport à la perspective de notre réalisation.

6. Nous ne reconnaissons aucune autorité hiérarchique, mais honorons ceux qui enseignent, respectons ceux qui partagent leur grande connaissance et sagesse, ainsi que ceux qui se sont courageusement offerts à l’animation d’un groupe.

7. Nous croyons que la religion, la magie et la sagesse sont trois expressions d’une même voie que nous rencontrons dans la façon de voir le monde et dans la philosophie de vie que nous appelons le paganisme.

8. S’enorgueillir du titre de “païen”, de “sorcier”, de “mage” ou de quelque autre de ce genre ne rend pas tel, l’hérédité pas davantage, ni la collection de titres, degrés et initiations. Un "mage" cherche à contrôler les forces présentes en lui et fait son possible pour vivre avec sagesse, sans faire de tort aux autres et en harmonie avec la nature, il sait aussi écouter sans juger.

9. Nous croyons à la réalisation de la vie, à l’évolution, au développement de la conscience éclairant notre compréhension de l’univers, ainsi qu’au rôle personnel que nous tenons au sein du monde.

10. Notre seule animosité envers le christianisme, ou envers toute autre religion ou philosophie de la vie, repose sur leur prétention à être “la seule voie”, cherchant ainsi à dénier la liberté de pratique et de croyance.

11. Nous ne sommes plus aujourd’hui menacés par la discussion sur notre histoire, nos origines et la légitimité de nos traditions. Nous nous sentons essentiellement concernés par notre présent et notre futur.

12. Nous ne reconnaissons pas l’existence d’un principe absolu du mal qui serait par exemple représenté par des entités comme “Satan” ou “Diable”, dans la tradition chrétienne. Nous ne recherchons pas la souffrance et ne reconnaissons pas de vertu particulière à la mortification.

13. Nous croyons que nous devons rechercher dans la nature ce qui contribue à notre santé et notre bien-être. » (www.mysticsmoons.com)

À ces 13 lois wiccanes, il faut rajouter la Loi de l’Empreinte (chaque action entraîne une empreinte énergétique qui se transforme en énergie physique), de l’Analogie – que l’on peut rapprocher de la Loi de l’attraction – et de la Récolte (loi du retour par 3 fois).

Je finirais, tout d’abord, par les principes de la Chaos Magick, prônant liberté et expérimentation, dont Peter J. Carroll, Ray Sherwin et encore Austin Osman Spare sont les pères fondateurs :

1. éviter le dogmatisme, ouvrir ses yeux sur sa propre vérité
2. l’expérience comme maître
3. se faire confiance
4. se libérer de ses croyances, se déconditionner, et douter
5. la diversité pour nourrir la pratique
6. la connaissance par l’état de conscience altérée;
auquel je rajoute un 7e principe préconisé par Vae Bataille : l’imagination créatrice, le pouvoir créateur.

Et, enfin, je désirais porter à votre connaissance, quatre principes spirituels indiens qui me semblent essentiels :

1. « quiconque vous rencontrez est la bonne personne » : il n’y a pas de hasard; toute personne qui passe, entre dans notre vie, est là pour nous apporter, enseigner quelque chose.

2. « peu importe ce qui est arrivé, c’est la seule chose qui pouvait arriver » : chacune des circonstances de notre vie est absolument parfaite, même si elle semble défier notre compréhension et notre égo; attendre, apprendre et avancer.

3. « chaque moment est le bon moment » : toute chose commence au bon moment, ni trop tôt ni trop tard; quand nous sommes prêts pour quelque chose de nouveau dans notre vie, c’est là prêt à débuter.

4. « ce qui est terminé est terminé » : l’expérience nous a permis d’évoluer, de nous enrichir; il est temps de lâcher prise, de laisser le passé et avancer.

Cette énumération n’est en aucun cas exhaustive. J’aurais pu vous parler du druidisme, du chamanisme, ou encore des lois sataniques et de ses neuf commandements, etc. … Mon but est de vous amener à réfléchir sur les fondements, les principes de votre pratique et, de les enrichir, les parfaire au plus proche de vous.

Pour ma part, la pratique de la sorcellerie est avant tout une étude, un apprentissage, une exploration, une initiation, une expérimentation menant à une quête, une connaissance de soi et de l’invisible. Je n’ai pas de dogme que je suis pas à pas, que je pratique religieusement. D’ailleurs, le mot « religion », défini comme la reconnaissance par l'être humain d'un principe supérieur de qui dépend sa destinée, est en totale contradiction avec la sorcellerie, l’occultisme, l’ésotérisme, la magie et tout autre pratique (mais cela n’engage que moi). De même, pour la notion de « lois à respecter »: la pratique magique est avant tout libre, personnelle, et en constante évolution en corrélation avec l’évolution du pratiquant.

Ma pratique est constituée de moi, par moi, pour moi. Rien ne vous empêche d’étudier toutes les pratiques existantes, au contraire, ce seront les fondations de votre propre pratique qui n’en sera que plus riche, et ces études vous permettront de construire votre magie. Le plus important est de s’écouter et de faire ce qui nous parle et nous ressemble au plus profond de soi. Je vous invite à mettre une part de vous dans chaque rituel, incantation, sortilège, création de potion desquels on peut s’inspirer, pour que ceux-ci soient empreints de vous et aient un pouvoir encore plus puissant. Comme vous le savez peut-être, la magie n’a pas de couleur, elle est faite de votre intention, de votre pouvoir. Chaque pratique correspond intrinsèquement à chaque sorcière, sans comparaison possible à une autre, même si des ressemblances sont notables.

La Magie doit être libre, libérée et libératrice, mais cela n’engage que moi bien sûr… ;-)

Corinne, France