DES ORIGINES DU TAROT
Corinne (France)

Dès mon enfance (11-12 ans), la pratique magique qui m’a toujours le plus impressionnée et intriguée, était la possibilité de prédire l’avenir par les cartes, oracles, tarot et les simples cartes à jouer. Comment de simples dessins ou figures sur des bouts de carton pouvaient nous indiquer ce qu’il nous arriverait? La cartomancienne avait-elle des pouvoirs magiques ou les cartes elles-mêmes ou elles seules, avaient-elles un pouvoir? Selon Seligman, la cartomancie « signifie que rien dans le cosmos ne dépend du hasard, mais que tout dépend d’une loi préétablie; des cartes jetées ou mêlées au hasard donnent une suite de figures liées magiquement au devin et au sujet ».

J’ai mis beaucoup de temps à acheter mon premier tarot, croyant qu’il fallait être initié, ou posséder quelques capacités magiques pour pouvoir oser acheter un jeu. Alors, j’ai lu, beaucoup sur la taromancie et la cartomancie en général; et, bien sûr, au fil du temps, consulter des cartomanciennes pour appréhender le sujet de manière plus concrète. Ces expériences divinatoires ont consolidé mon idée que les cartes de tarot et d’oracles avaient elles-mêmes un certain pouvoir, en plus des capacités de divination des personnes. Et, je dois vous avouer que mon apprentissage du tarot a débuté en regardant ces cartomanciennes me tirer les cartes, en comprenant – enfin, plutôt essayant de comprendre – les interprétations des cartes sur le tapis, en fonction de leur placement dans leur ensemble, ce qui m’a permis, petit à petit, d’avoir une lecture assez convenable des cartes tirées qui était concordante avec les prédictions qui m’étaient délivrées − ce qui ne m’a pas empêché d’étudier les cartes une par une avant d’effectuer mes premiers tirages.

Il a fallu attendre mes 40 ans, pour qu’enfin!!!! que je m’achète mon premier jeu : le Tarot des chats qui m’a de suite fait des œillades dans le rayon, au milieu de ses congénères. Car oui il est difficile de choisir un tarot. Je vais vous donner le conseil de plus classique au monde : suivre son intuition et ses aspirations (j’adore les chats donc j’ai choisi le Tarot des chats). L’achat des suivants s’est fait selon si la thématique du jeu me parlait ou pas, si les dessins me faisaient vibrer ou pas. Et, je me suis rendue compte qu’il y a une interaction émotionnelle, physique, intuitive entre mes tarots et moi, comme s’ils m’étaient « destinés », comme s’ils avaient des choses à me dire et que ce ne pouvait être qu’eux. Il est vrai que je les appréhende comme des amis, des parties de moi et qu’ils sont miens, qu’ils contiennent en substance toutes mes énergies. Je leur reconnais presque une « âme », une énergie propre; cela est valable également pour les oracles, pour ma part en tout cas. Il a été rigolo et surprenant de constater que chacun a pris sa place au fur et à mesure de mes tirages et que la famille s’est agrandie. Chacun sert pour tel type de tirage : Le Tarot Illuminati pour les tirages en lien avec la Lune, le Tarot de l’Entre-Mondes pour les sabbats, le Tarot des chats et le Tarot du chercheur de Vérité pour les tirages mensuels; le tout agrémenté, de quelques oracles – car oui, après l’achat de tarots, vient l’achat d’oracles, et on devient vite collectionneuse amoureuse!!!

Comme vous avez dû le comprendre, le tarot est plus qu’un simple jeu de 78 cartes, pour moi. J’y ai toujours ajouté un aspect mystérieux, mystique. J’y vois un voyage à travers le temps et l’espace, à travers la temporalité elle-même, mais aussi une initiation de soi, une aventure pour se découvrir, s’appréhender que ce soit son côté lumineux ou son côté sombre (en fonction du tarot choisi et de son aspiration et intention). Ce ne sont pas seulement des couleurs, des traits formant des personnages, des scènes de vie, à travers tout un symbolisme, mais des messages qui nous sont directement envoyés pour comprendre, se comprendre et apprendre.

Revenons aux origines du tarot, origines des plus mystérieuses et controversées qui ont été l’objet de nombreuses discussions et spéculations, et que je vais tenter de vous présenter. Le mot « tarot » serait probablement un emprunt à l'italien « tarocchi » ayant le même sens de jeu de cartes avec des figures spéciales. Le philosophe Emmanuel d'Hooghvorst renvoie à une explication de Mandel par rapport à l’action de « taroter » parlant « d'une superficie dorée à la feuille, lorsqu'elle était poinçonnée ou gravée avec un stylet ou un poinçon pour imprimer un dessin sur l'or ». Il faut noter que l’un des plus anciens jeux de tarots, le tarot Visconti-Sforza datant du XVᵉ siècle, contenait des personnages peints sur feuilles d’or tarotées. Le nom « Tarot Visconti-Sforza » est utilisé collectivement pour décrire une quinzaine de paquets de cartes incomplets, actuellement dispersés dans divers musées, bibliothèques et collections privées à travers le monde. Les cartes subsistantes sont d'un grand intérêt historique du fait de la beauté et des détails de leur composition, souvent réalisée en matériaux précieux et reproduisant des membres des familles Sforza et Visconti en habits et cadres d'époque, offrant ainsi un aperçu de la vie nobiliaire à Milan du XVᵉ siècle. À l'époque de leur commande par Philippe Marie Visconti, Duc de Milan, et son successeur Francesco Sforza, les cartes sont simplement connues sous le nom de « trionfi » (triomphes, c'est-à-dire atouts) et sont utilisées pour le jeu.

Quant au mot « arcane », nom donné aux 78 cartes (22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs) , il vient du latin « arcanus » signifiant caché, secret, mystérieux, ou encore « arcanum », chose cachée, secrète, donnant déjà une connotation de mystère, d’occulte, d’initiation. Il faut noter que les cartes n’étaient pas toujours appelées « arcanes », mais aussi lames, triomphes, atouts et cartes à enseignes.

Comme dit précédemment, l’origine exacte du tarot est quasi inconnue. Il est coutume de dire que le tarot serait apparu à Venise à la fin du XIVᵉ siècle. D'après le chercheur Michael Dummett, le tarot aurait été rapporté en France par les soldats des invasions en Italie de Charles VIII en 1494 et Louis XII en 1499. Cependant, une référence à l'existence des tarots en Avignon dès 1505 publiée par le chercheur Thierry Depaulis pourrait indiquer qu'à l'inverse ce soit l'ordre français qui ait été importé dans la région de Milan à ces mêmes occasions. Il semblerait que le promoteur du jeu de tarot soit Jean-Baptiste Alliette le jeune, dit Etteilla (1738-1791), occultiste français, ayant repris la théorie sur le Tarot d'Antoine Court de Gébelin (1725-1784), écrivain érudit français, qui attribue l’origine du tarot au Livre de Toth des anciens Égyptiens − dieu égyptien « seigneur du Temps » ayant créé le monde par le Verbe −, dans son ouvrage « Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommé Tarots ». Les occultistes du XIXᵉ siècle affirmaient une origine traditionnelle du tarot attribuée soit à Hermès dieu de l’Olympe messager des dieux, soit en lien avec la kabbale, soit à des bohémiens selon Papus qui fera naître le Tarot des Bohémiens, soit encore des Mamelouks en référence au jeu de « naïbs ». Eliphas Lévi les assimilait aux personnages du Livre d’Enoch et renvoyait au 10 Sephiroth et aux 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Comme dit plus haut, l'hypothèse d'une origine égyptienne du tarot vient d'Antoine Court de Gébelin, dont il parlait du tarot en ces termes, « ces cartes maudites venues d'Égypte » dans son œuvre « Le Monde primitif ». Mais il faut mettre en parallèle de cette vision, la vague d’égyptomanie qui s’est abattue sur l’époque. Une autre hypothèse amène la création du tarot vers le compagnonnage du Moyen Âge, hypothèse entretenue par la Franc-Maçonnerie, représenté en premier lieu par Oswald Wirth secrétaire de Stanislas de Guaita, occultiste et poète français, cofondateur avec Joséphin Peladan de l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix (Tarot des imagiers du Moyen Âge). Au vue des scènes représentées dans les arcanes majeurs et leur symbolisme, leur interprétation originelle, l’hypothèse d’une origine médiévale semble des plus probables.

Comme pour les autres cartes à jouer, la diffusion du tarot à partir du XVᵉ/ XVIᵉ siècle a été assujettie au développement de la xylographie – procédé de reproduction multiple d'une image sur un support plan, papier ou tissu, en utilisant la technique de la gravure sur bois, ou xylogravure, comme empreinte pouvant être reproduite par impression − qui restera jusqu'au XVIIIᵉ siècle le mode de production privilégié des cartes à jouer. Le plus ancien jeu français de tarot conservé à ce jour est celui de Catelin Geoffroy datant de 1557. Il reste que 38 cartes dont 12 arcanes majeurs. Ce tarot ne reprend pas les enseignes latines classiques (bâtons, épées, coupes, deniers), mais leur substitue Perroquets, Paons et Lion pour trois d'entre elles, la quatrième n'est pas connue. Ces enseignes fantaisistes sont très probablement copiées d'un jeu germanique de Virgil Solis de 1544. Il existe une grande variété de cartes de tarot et un certain nombre de types régionaux ont émergé. Aux enseignes italiennes donc classiques, naissent les enseignes françaises (trèfle, carreau, cœur et pique), et celles allemandes (feuilles, glands, grelots et cœur) notamment. Les tarots munis d'enseignes françaises (cœurs, carreaux, piques et trèfles) apparaissent en Allemagne au XVIIIᵉ siècle (cette innovation est attribuée au cartier Göbl de Munich). Cette spécificité est quasi courante de nos jours. Chacun des créateurs de tarot met sa propre « touche », vision du tarot, pour en donner une nouvelle dimension et nous inviter à redécouvrir le tarot.

L’usage premier du tarot n’est pas d’être divinatoire, d’avoir un caractère ésotérique, mais il a été créé dans le but d'une utilisation ludique. Les arcanes majeurs seraient les descendants des « naïbs », jeu didactique destiné à enseigner les principes de la vie, les muses, les sciences, les vertus et les planètes. La divination à l'aide de cartes à jouer est présente dès 1540 dans le livre « Le Sorti di Francesco Marcolino da Forlì » qui décrit une méthode simple, où les cartes ne servent qu'à choisir un oracle au hasard et n'ont aucune signification par elles-mêmes. L'hypothèse qui jouit du plus large consensus chez les chercheurs est celle de Michael Dummett qui affirme que tous les usages modernes du tarot en cartomancie ont leur source chez Antoine Court de Gébelin et Louis de Fayolle, Comte de Mellet (théories qui seront reprises par Etteilla). Il a donc fallu attendre la fin du XVIIIᵉ siècle pour entendre parler avec certitude de cartomancie.

Dans les premières années du siècle, au Royaume-Uni, une autre version du tarot français de tendance ésotérique destinée à la cartomancie naît sous la plume de Arthur Edward Waite et le dessin de Pamela Colman-Smith, publié par les éditions Rider − d’où le nom de Rider-Waite ou Rider-Waite-Smith : les noms des atouts et leur séquence du tarot d'origine sont repris, mais les cartes qui seront appelées arcanes mineurs deviennent-elles aussi illustrées de petites scènes, influence des théories d'Éliphas Lévi et de la société anglaise ésotérique Golden Dawn. Cette nouvelle version, interprétation du tarot originel, sera dans le monde anglo-saxon la référence et le modèle de la plupart des tarots à vocation ésotérique tout au long du XXᵉ siècle et encore de nos jours. Le tarot classique avec ses enseignes italiennes et ses atouts traditionnels disparaît quasi complètement de la production. Il faut attendre 1930, pour que Paul Marteau relance le tarot ancien en ciblant le marché de la divination, et sorte une version modifiée renommée « Ancien Tarot de Marseille », basée sur les couleurs tardives de l'édition Camoin du XIXᵉ du Tarot de Marseille, et certains dessins d'un tarot de Besançon rachetés avec le fond Lequart.

Toutes sortes de théories sont nées en faisant du tarot, au fil des siècles, un objet des plus énigmatiques et mystiques. Quelle que soit l’origine exacte du tarot, il se présente avant tout comme un langage secret, un mystère. Il semble se percevoir comme une série initiatique chargée d’un grand symbolisme, accompagnant l’itinéraire humain de la naissance à la mort, en passant par l’apprentissage, le choix, les victoires, les tentations, la chute, le changement inévitable, le retour aux origines, la renaissance dans le sacré et la mort. De nos jours, le tarot semble s’être perdu et éloigné de ses origines, avec toutes les variantes, appropriations, réinterprétations des arcanes qui existent par dizaines, voir peut-être même par centaines. Mais n’est-ce pas le sort réservé aux mystères les plus énigmatiques, évoluer avec les temps passants, sans jamais révéler entièrement leur véritable identité, leur véritable vérité ?

De ses cartes, le Tarot détient ton avenir, ton passé lointain et ton présent. À toi de savoir ce que tu veux et ce pour quoi tu es prêt !!

Corinne, France