DES SORCIÈRES MAYFAIR
Corinne (France)

J’adore lire; j’adore les mots; j’adore les vieux livres qui ont vécu. Il ne faut pas me laisser dans une librairie avec une carte bleue illimitée, sinon je fais un carnage!! Mieux, j’achète la librairie!!! D’ailleurs, je fais un carnage sans avoir un solde illimité, soit dit en passant…

Lire peut se définir comme comprendre, apprendre, déchiffrer, interpréter, rêver, entrer dans l’imaginaire inconnu ou dans l’Histoire d’un peuple, d’une personne, d’une société. Pour moi, le livre est plus que ce qu’il est en tant que tel : il est un contact, une odeur, une texture, une invitation, un mystère à découvrir.

Étymologiquement – vous savez maintenant que j’aime revenir aux origines des mots –, lire vient du verbe latin « legere » recueillir, et du nom commun « libra » livre en tant que mesure de poids. Quant au mot « livre », il vient du latin « liber », à proprement dit la pellicule entre le bois et l'écorce, pellicule qui a donné son nom au livre, attendu que l'on écrivait sur cette partie des arbres, ou des parchemins (peau d'animal apprêtée spécialement pour servir de support à l'écriture) successeur du papyrus (support d'écriture obtenu grâce à la transformation des tiges d’une plante, le papyrus) et plus tard sur du papier (venant du latin « papyrus »). C’est donc au fil des années et des siècles, que livre est devenu le mot pour définir l’assemblage de feuilles manuscrites ou imprimées. Il faut noter dans le mot « liber » une notion de liberté, liberté de l’être à travers la lecture vous apportant une dimension inconnue, nouvelle à la réalité dans laquelle on vit, pour créer votre réalité et votre liberté intellectuelle, spirituelle, créatrice, imaginative, introspective, libératrice.

Tout ça pour vous dire qu’aujourd’hui, je voulais vous parler d’une trilogie consacrée à l’histoire d’une famille de sorcières : « La Saga des sorcières » de l'écrivain américaine Anne Rice, connue pour les « Chroniques des Vampires », écrite, donc, en trois tomes principaux :

1— « Le Lien maléfique », sorti sous le titre anglais original « The Witching Hour » qui est semble toute plus exhaustif (1990)
2— « L'Heure des sorcières », sorti sous le titre anglais original « Lasher » (1993)
3— « Taltos », ayant le même tire en anglais (1994).

L’histoire se poursuit dans plusieurs livres insérés dans les « Chroniques des Vampires », mettant en scène la rencontre entre les sorcières de la saga et les vampires des chroniques : tout d’abord « Merrick » (2000), « Le sang et l’or » (2001) puis « Le Domaine Blackwood » (2002) et enfin « Cantique sanglant » (2003).

Cette saga conte donc les aventures d'une lignée de sorcières de mère en fille et de l’esprit, l’entité Lasher, liée à elles depuis le début de leur « naissance » en sorcellerie. L'histoire se passe principalement à La Nouvelle-Orléans, dans le quartier du Garden District, dans la splendide, emblématique et mystérieuse demeure familiale de First Street, unie presque physiquement à ces sorcières (rumeur : cette demeure serait celle d’Anne Rice). J’ai adoré cette trilogie extraordinaire de richesse, d'imagination et de détails. Tout y est raconté avec le style baroque d'Anne Rice, qui rend cette histoire très dense, fluide et facile à appréhender, à suivre. Je me souviens mettre amuser à construire un arbre généalogique des Mayfair, l’œuvre se prolongeant sur plusieurs siècles et générations, cela m’était paru pertinent afin de mieux visualiser l’ampleur et l’entièreté de cette dynastie. Cette trilogie en devient quasiment le dossier historique d’une famille tentaculaire basée sur le système du matriarcat, où une seule héritière est désignée à chaque génération, héritière des biens colossaux, d'une splendide émeraude et aussi de Lasher, l'esprit vengeur. C’est également l’histoire de grandeur et de décadence d'une grande famille du Sud historique des États-Unis, profondément catholique, où pouvoir, sorcellerie et richesse vont de pair avec folie.

Cette dynastie et son histoire sont également étroitement liées à une société secrète d’observateurs de l’occulte et du paranormal, le Talamasca, qui, depuis la nuit de temps, en plus d’observer, surveiller, retranscrit leur chronologie historique. « Talamasca » signifie « masque d'animal » en latin, nom donné aux sorciers et aux chamans. Les membres, qui ont souvent eux-mêmes quelques aptitudes à l'occulte, ont pour rôle de collecter un maximum d'informations sur tout ce qui pourrait toucher au paranormal, sorcières, vampires, pouvoirs psychiques et autres, mais autant que possible sans intervenir. Ils restent essentiellement des érudits et observateurs. Leur devise est « Chercheurs du paranormal, nous observons. Et sommes toujours là ». C’est justement un de ses membres, Aaron Lightner, qui relate dans le tome 1, l’histoire des Mayfair via les dossiers établis au fil des siècles.

Je me suis bien sûr intéressée à cette société et sa réalité dans le monde. La société secrète aurait été fondée en 748 par un vampire dénommé Teskhamen, un fantôme du vampire Hesketh et un esprit nommé Gremt Stryker Knollysple (roman « Lestat le vampire »). Dans « Le Lien maléfique », on apprend que le Tamalasca doit une partie de sa fortune au trésor des Templiers qui leur avait été confié avant la dissolution de l'ordre. Les maisons-mères sont à Londres, Rome et Amsterdam. Je pense que, dans sa partie fantastique, cette société est fictive, mais dans sa partie recherche et étude de l’occulte et du paranormal, son existence est plus que plausible. Il existe des sociétés, instituts, associations qui peuvent s’apparenter au Talamasca. Nous avons l’exemple, pour n’en citer qu’un, de la Society for psychical research (SPR), association à but non lucratif basée à Londres, fondée en 1882 dont le but est d'étudier d'un point de vue scientifique les phénomènes décrits comme paranormaux. De par son caractère de « société secrète », les informations sont peu nombreuses, et souvent difficiles à vérifier. J’aime à croire, penser qu’une telle société existe; le réel n’en devient que plus magique ;-)

Il va m’être très difficile de vous parler de ces romans sans en évoquer l’histoire. Le récit est construit autour du personnage de Rowan Mayfair, treizième sorcière de la lignée, enlevée à sa mère afin de briser cet héritage maléfique, et de la révélation de sa réelle identité et de l’histoire de sa vraie famille, les Mayfair, par Aaron Lightner, membre du Talamasca. Ayant pris connaissance du dossier historique, Rowan Mayfair part, accompagnée de Michael Curry son futur époux, pour la Nouvelle-Orléans à la rencontre de son destin, de sa famille, et de cette mystérieuse demeure renfermant les secrets familiaux. Il en résultera la rénovation de ladite demeure, un mariage avec Michael, et l’attente d’un enfant, prélude à la réelle prise de pouvoir de Lasher, l’esprit lié aux sorcières Mayfair depuis son invocation par la première sorcière à Donnelaith en Écosse, grâce à un livre de démonologie.

L'esprit nommé « Lasher » est personnifié sous les traits d'un homme grand, brun et beau. Cet esprit, dont il ne faut pas prononcer le nom, apporte aux élues Mayfai, la beauté, la richesse, une partie de leur pouvoir, et leur voue un amour sans faille. Il n'apparaît à une nouvelle sorcière que lors du décès de la mère de celle-ci, cette apparition faisant de cette enfant ou femme, l'héritière de la famille. Lors de la mort d'une sorcière, Lasher déclenche à chaque fois une violente tempête, comme pour marquer sa peine. Cet sprit sert ainsi les femmes de la famille une à une, tout en apprenant et se renforçant à leur contact. Il arrive aussi qu'il les détruise indirectement, les poussant vers la folie.

« L'Heure des sorcières », le deuxième tome, est centré sur Lasher et sa volonté de prendre forme humaine. Quelque peu frustré de voir ses protégées se détourner de la sorcellerie, il œuvre dans le but de s’incarner pour devenir le plus redoutable des sorciers de tous les temps. Il voit en Rowan, la puissante sorcière qu’il attendait. Après son incarnation, Lasher n’aura de cesse que de vouloir se reproduire. Une enfant prodigieuse naîtra, nommée Emaleth. Si le premier tome relate l’histoire des Mayfair, le deuxième raconte celle de Lasher, ses origines, sa vie.

Le troisième tome, « Taltos », introduit un nouveau personnage et une nouvelle dimension à la saga : Monsieur Ash, et la civilisation des Taltos, dont il est le dernier survivant. Ce dernier narre toute l’histoire de son peuple, étrangement lié avec les Mayfair dans le passé et le présent, à la vue de la naissance d’Emaleth, fille de Rowan Mayfair et de Morrigan, fille de Mona Mayfair.

La saga se poursuit avec « Merrick », roman paru en 2000 qui réunit nos sorcières Mayfair et les « Chroniques des vampires », autour des personnages principaux de Merrick Mayfair, sorcière issue d'une branche afro-américaine de la famille Mayfair qu'elle connaissait à peine, David Talbot, membre du Talamasca devenu vampire, Louis de la Pointe du Lac, et Claudia, tous deux vampires, et, de leurs relations : l’histoire passée entre David et Merrick, la relation naissante entre Louis et Merrick, et la volonté de Louis de revoir Claudia « sa fille vampire » morte, grâce aux sortilèges vaudous, Merrick ayant le pouvoir de voir, de parler aux morts.

En écrivant la présente chronique, et me replongeant dans cet univers, l’envie m’a pris de relire une nouvelle fois cette trilogie. J’ai posé ces trois livres sur ma pile de livres à lire, haute pile qui monte de plus en plus au fil des jours et des achats… J’espère vous avoir insufflé cette envie de découvrir le monde de la famille des sorcières Mayfair.

Corinne, France