L’ENCHIRIDION LEONIS PAPAE
Corinne (France)

Un point sur la question de l’authenticité de ces grimoires – gardons en tête qu’écrit ne signifie pas vérité. On peut apporter leur renommée, leur reconnaissance en tant que piliers fondateurs de la magie. Il y a naturellement leur rédaction même, où une tradition de forme et d’esprit est indéniable. Le caractère religieux de certains grimoires, leur donne une certaine authenticité. Rappelons les termes de la Grande Encyclopédie au chapitre grimoire : « il est extrêmement dangereux de s’en servir, quand on n’est point complètement initié à tous les mystères de l’Art magique » (E. H. Viollet).

Comme indiqué sur sa couverture, ce grimoire est l’œuvre du pape Léon « envoyé comme un rare présent à l’Empereur Charlemagne », ce qui nous donne une datation certaine, celle du règne de Charlemagne. Fils de Pépin le Bref, il est roi des Francs à partir de 768, et est couronné empereur à Rome par le pape Léon III le 24 ou 25 décembre 800. La tradition veut donc que l’auteur soit le pape Léon III, né en 750 et mort le 12 juin 816 à Rome, 96ᵉ papes de l'Église catholique de 795 à 816, canonisé au XVIIᵉ siècle. Il ne fait aucun doute que l'Enchiridion Leonis Papae est un document carolingien : on peut y lire « envoyé au sérénissime empereur Charlemagne par le pape Léon, pour le rendre heureux dans tous les événements de la vie ». Un exemplaire original en latin est conservé à la bibliothèque du Vatican à Rome.

Ce grimoire débute par la reproduction de l’Évangile de Saint-Jean et de 8 psaumes et la lettre de remerciement de Charlemagne. Dans ce Manuel du pape Léon, on trouve de mystérieuses oraisons, prières, invocations, conjurations pour tous les maux et circonstances (contre l’adversité, protection des troupeaux, arrêter la grêle, etc.), des textes des rois antiques, ainsi que des formules pour déclencher les forces sacrées, des sceaux, des pentacles, des talismans… Ces oraisons contiennent des noms mystérieux, des appels étranges, des mots kabbalistiques. Elles se complètent de pentacles protecteurs, de sceaux magiques, de monogrammes, de symboles, des dessins de force et de lumière par la clef d’or. Dans la préface ancienne, il est indiqué que « leur efficacité n’est pas bornée à préserver du mal, elle s’étend à rendre heureux ceux qui en font usage », si toutefois on suit les instructions clairement édictées, comme de conserver ce grimoire dans un sac en cuir, le porter sur soi le plus possible et, de réciter dévotement l’oraison de chaque jour. Leur efficacité semble attestée par de nombreux témoignages et notamment par le « Calendrier magique » et la « Philosophie occulte » de Cornelius Agrippa.

Le pape Léon III n’était pas mathématicien, mais on y trouve aussi une mystérieuse grille numérique sans aucun commentaire ni explication qui s’avère être un carré magique normal d’ordre n = 9 et de constante magique M9 = 369, possédant de nombreuses propriétés inédites intéressantes et remarquables.

Autre partie importante de ce grimoire papal est la « véritable clef de l’Enchiridion du pape saint Léon ». Léon III la fit écrire en lettres d'or, et en fit hommage à Charlemagne, en l'assurant que s'il la récitait dévotement chaque jour il serait victorieux de tous ses ennemis, exempt de toute infirmité, défendu contre l'adversité et fortuné jusqu'à la fin de sa vie. Pour faciliter sa récitation, elle a été divisée en sept parties dont chacune correspond à un des jours de la semaine. Ces 7 oraisons mystérieuses sont parsemées de multiples croix qui lui ont valu le nom de « Prière d’invocation à la Sainte Croix ». L’efficacité utilitaire est le but essentiel de l’Enchiridion, qui nous rappelle l’éternel désir d’« un recours immémorial de l’humain à une force dispensatrice de secours » et sa quête infatigable d’aller au Paradis. Le dessein ultime de ce Manuel du Pape Léon III est de « mettre entre vos mains le flambeau de la vraie lumière, que le sage seul a le pouvoir de contempler sans en être ébloui ».

Corinne, France