LES ARBRES À TRAVERS LE TEMPS
Corinne (France)

Durant des centaines de milliers d'années, les hommes ont communiqué librement avec les arbres. Leur sagesse et leurs pouvoirs de guérison étaient célébrés par toutes les cultures du monde. La nature était vivante, pleine d'énergies spirituelles et magiques. Les arbres permettaient de garder une connexion directe avec les cycles de la vie, de mort et de renaissance. Il était acquis que ces géants étaient imprégnés de magie, car ils sont reliés aux cieux, à la terre et au monde souterrain. La forêt était un lieu majestueux de mystère et de transformation. Nous cultivions une connaissance très poussée des forces naturelles, afin de composer avec elles, d'en détecter les moindres signes et humeurs ; notre vie dépendait de notre capacité à contacter l'âme de la Nature.

De nombreuses histoires populaires dans de nombreuses civilisations reflètent une croyance dans un lien intime entre un être humain et un arbre, une plante ou une fleur. Dans le conte égyptien antique des deux frères, Anubis et Bata, qui date du règne de Séthi II (XIIᵉ siècle avant notre ère, XIXᵉ dynastie, Nouvel Empire), la vie d'un homme dépend de celle de l’arbre : Bata laisse son cœur sur le sommet de la fleur de l'Arbre-Ash et mourra quand il sera abattu par Pharaon.

Pour les premières civilisations, l’arbre a une symbolique double : Arbre du Monde connecté au royaume de l’existence et Arbre de Vie représentant la source de l’abondance et de la vie. Notons que l’Arbre de Vie dans la Kabbale représente symboliquement les Lois de l'Univers : symbole de la Création tant du macrocosme (l'Univers) que du microcosme (l'Être humain). Un des arbres mythiques les plus connus est « Yddgrasil », le frêne de la mythologie nordique où Odin se serait pendu et aurait pu percevoir les runes. Il est aussi raconté qu’il existe neuf mondes sur trois niveaux (Asgard, Vanaheim et Alfheim ; Midgard, Jotunheim et Nidavellir ; Svartalheim, Niflheim et Helheim) connectaient entre eux par les neuf racines de ce frêne. L’arbre de vie en Finlande était également considéré comme un « mât cosmique » soutenant la voûte céleste. En Mésopotamie, il fut associé au dieu Enlil, roi des dieux, comme symbole de l’ordre cosmique. Pour les anciens Arabes, le jujubier se situait aux frontières du royaume des hommes et celui du divin, et il pouvait représenter dieu et l’aspect spirituel de l’homme. Dans le monde chamanique, l’« axis mundi » point de connexion entre ciel et terre, divin et humain, permet par ses racines l’accès à la sagesse des disparus du plan terrestre et, ses branches d’entrer en communication avec le royaume des dieux.

La médecine antique attribuait déjà des vertus curatives aux arbres. Pline l'Ancien affirmait « que l'odeur de la forêt où l'on recueille la poix et la résine est extrêmement salutaire aux phtisiques et à ceux qui, après une longue maladie, ont de la peine à se rétablir ». De nos jours, la sylvothérapie (approche naturopathique reposant sur l'idée d'un effet curatif des séjours en forêt sur diverses pathologies), pratique ancienne venue du Japon, est de plus en plus appliquée pour diminuer le stress et l’anxiété par la proximité ou le contact des arbres.

Pour les Celtes, les arbres étaient considérés comme des entrepôts de souvenirs, de mémoire, dépositaires du savoir eu égard à leur longévité. Selon la croyance druidique, le divin n’est accessible que dans la brume de la forêt, dans le « nemeton » qui est la clairière sacrée, un sanctuaire, « la projection d’une partie du ciel sur la terre » (Jean Markale, « Merlin : priest of Nature »). Les Arbres étaient donc vénérés par les Druides. Il existe sept arbres sacrés constituants le « Bosquet des druides » : le bouleau (croissance, bénédiction, renouveau), l’aulne (fondation, protection, évolution de l’esprit), le saule (connaissances, flexibilité, connexions), le chêne (fertilité, santé, loyauté, confiance), le houx (courage, chance, unité), le noisetier (inspiration, introspection, sagesse) et le pommier (foi, harmonie, illumination).

Les arbres font partie intégrante du monde magique des Fées et du Peuple silencieux. L’aubépine est connue pour marquer l’entrée de l’Autre Monde. Le pommier quant à lui est un moyen d’entrer en contact avec le Sídh et une offrande nécessaire afin de pouvoir y entrer. S’endormir sous un hêtre provoquerait des rêves prophétiques soufflés par les Fées offrant ainsi le don de Double-Vue. Le noisetier ou coudrier perçu comme le fruit de la connaissance est lié de ce fait au monde féerique, et il est interdit de l’utiliser pour le chauffage en Irlande. Le sorbier dit « arbre des sorcières » était utilisé pour empêcher les esprits malveillants d’entrer dans les maisons (les Fées étaient souvent considérées ainsi). Dans le folklore irlandais, le meilleur moment pour rencontrer des Fées était sous un vieux sureau, lors du solstice d’été. De même, les instruments faits en bois de sureau permettraient d’attirer les créatures surnaturelles.

Le bois, et donc les arbres, est aussi un élément essentiel pour les sorcières, avec la baguette magique, outil primordial pour la majorité. Comme j’ai pu l’énoncer dans un article précédent, le choix du bois doit être fait en fonction de l’intention menant à la fabrication d’une baguette magique. Il est dit que les druides confectionnaient leurs baguettes de connaissances gravées à usage divinatoire, en if lié à la « cécité du druide » ou double vue. Le noisetier a longtemps été le bois de prédilection pour la fabrication de baguette à des fins de divination ou de magie curative. Le prunellier, Némésis de l’aubépine, associé au côté sombre du Sídh, à la Cour sombre ou Unseelie, prenait part à la création des « baguettes noires », en lien avec la magie défensive et offensive, liée à ses propriétés de protection et en lien avec les arts sombres.

Lien magique entre le monde céleste, le monde souterrain et le monde physique des Hommes, les arbres furent depuis la nuit des temps les gardiens, les réceptacles au cœur même d’une magie ancestrale. Allez voguer sur les flots de l’histoire magique des arbres!!

Corinne, France