LIVRE DES CONJURATIONS DU PAPE HONORIUS
Corinne (France)

Un point sur la question de l’authenticité de ces grimoires – gardons en tête qu’écrit ne signifie pas vérité. On peut apporter leur renommée, leur reconnaissance en tant que piliers fondateurs de la magie. Il y a naturellement leur rédaction même, où une tradition de forme et d’esprit est indéniable. Le caractère religieux de certains grimoires, leur donne une certaine authenticité. Rappelons les termes de la Grande Encyclopédie au chapitre grimoire : « il est extrêmement dangereux de s’en servir, quand on n’est point complètement initié à tous les mystères de l’Art magique » (E. H. Viollet).

La couverture du Grimoire du Pape Honorius nous met l’eau à la bouche en nous indiquant qu’il contient « un recueil des plus rares secrets ». Ce grimoire est attribué par Eliphas Lévy dans son « Histoire de la magie » à Honorius II, ou Pierre Cadalus/Cadalous, antipape du XIᵉ siècle (1061-1064) qui fut déposé au concile de Mantoue au profit d’Alexandre II ;« [il] rentra donc dans l’obscurité, et il est probable qu’il voulut être alors le grand prêtre des sorciers et des apostats; il peut donc avoir rédigé, sous le nom d’Honorius II, le grimoire qui porte ce nom. »

À côté de cette thèse, il faut tout de même noter qu’il a existé 4 autres papes ayant porté ce nom : Honorius 1er dit le grand élu pape à Rome en 625, par le conclave des cardinaux; Honorius II (né Lamberto Scannabecchi) élu pape en 1124; Honorius III, pape élu de 1216 à 1227, instigateur de la Vème Croisade décidée par le Concile de Latran et auteur du « Liber censum Romanæ ecclesiæ »; et, le pape Honorius IV est élu de 1285 à 1287. Le pape Honorius du VIIᵉ siècle aurait réalisé à Rome une réunion de tous les grands magiciens, et portait un talisman orné de cercles et de signes kabbalistiques. Ces faits indiqueraient que le Pape dominicain Honorius le Grand soit peut-être l’auteur de ce grimoire. Je trouve quasi obligatoire pour appréhender, comprendre un ouvrage dans son entièreté, d’en connaître le contexte sociétal, historique et sociologique : il ne faut pas approcher une œuvre avec les yeux de la société actuelle, mais avec ceux de son époque. Mais, in fine, le mystère reste entier quant à la réalité de l’auteur et de sa datation…

Le thème principal de ce grimoire est de convoquer, conjurer Lucifer et les démons : au nom du Christ, les démons doivent apparaître et se soumettre au service de l’officiant. « Ainsi, Dieu restant sourd, on s’adresse à Satan, beaucoup plus facile à apprivoiser et dont la puissance est indéniable, certifiée par l’Église » (François Ribadeau Dumas). La doctrine est exprimée dans le pentacle placé en tête du livre, autour duquel on peut lire « obéissez à vos supérieurs, et leur soyez soumis, parce qu’ils y prennent garde ». Eliphas Lévy la résumait ainsi : « la fatalité règne par les mathématiques et il n’y a pas d’autre Dieu que la nature; les dogmes sont l’accessoire du pouvoir sacerdotal et s’imposent à la multitude pour justifier les sacrifices; l’initié est au-dessus de la religion dont il se sert, et il en dit absolument le contraire de ce qu’il en croit; l’obéissance ne se motive pas, elle s’impose; les initiés sont faits pour commander et les profanes pour obéir ».

Ce grimoire énonce également l’idée, dans le sceau magique circulaire se trouvant dans un carré tétragramme inversé, en sa page 2, que « le ciel et l’enfer sont un mirage l’un de l’autre, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Chaque jour se voit identifier un nom de démon. Pour chaque jour est écrite la conjuration accompagnée du dessin du cercle/pentacle afférent, et de ses prescriptions. Tout y est décrit précisément, prêt à l’emploi.

De même avant toute cérémonie, Honorius II rend obligatoire l’invocation des Esprits par des prières adéquates : Maïmon « Roy d’Orient », le Roy Amaymon roi du Midi, le Roy Paymon roi des parties occidentales et Egin « Roy et Empereur des parties septentrionales ». Cela ne vous rappelle-t’il pas le rituel d’ouverture d’un cercle en faisant appel aux Gardiens de l’Est, du Sud, de l’Ouest et du Nord, et aux Éléments?! Qui plus est Honorius accompagne cette conjuration de la constitution d’un cercle de protection si je puis dire, avec de la craie ou du charbon de saule bénit en énonçant « je fais ce cercle pour tenir en bride et restreindre l’Esprit malin ».

Après l’énoncé des conjurations infernales, suit un ensemble de recettes plus banales pour gagner au jeu, guérir, retenir les loups de dévorer le troupeau, dompter les chevaux, découvrir un trésor, jeter ou empêcher les mauvais sorts, etc. … rappelons qu’au-delà de regrouper les rituels de haute magie, les grimoires contenaient également les « remèdes de bonne femme », les recettes des sorcières pour les besoins de la vie courante des hommes et femmes du Moyen-Age. En ces Temps obscurs où la vie était des plus dures, les grimoires répandaient la possibilité d’un miracle inespéré, l’espoir d’une amélioration de leur vie actuelle sans attendre la mort et l’accès éventuel au Paradis, professé par le prêtre.

Eliphas Lévy décrira ce grimoire ainsi : « Au premier abord, il semble n’être qu’un tissu de révoltantes absurdités; mais pour les initiés aux signes et aux secrets de la kabbale, il devient un véritable monument de la perversité humaine; le diable y est montré comme un instrument de puissance » ; ce qui résume sa substance…

Corinne, France