NUIT DE WALPURGIS
Corinne (France)

« Une idée effrayante me vint alors à l’esprit. C’était la nuit de Walpurgis! Walpurgisnacht! Oui, la nuit de Walpurgis durant laquelle des milliers et des milliers de gens croient que le Diable surgit parmi nous, que les morts sortent de leurs tombes, et que tous les génies malins de la terre, de l’air et des eaux mènent une bacchanale. Je me trouvais au lieu même que le cocher avait voulu éviter à tout prix – dans ce village abandonné depuis des siècles. Ici, on avait enterré la suicidée, et j’étais seul devant son tombeau – impuissant, tremblant de froid sous un linceul de neige, un orage violent menaçant à nouveau! Il me fallut faire appel à tout mon courage, à toute ma raison, aux croyances religieuses dans lesquelles j’avais été élevé, pour ne pas succomber à la terreur. » (Bram Stoker, « Dracula »).

Cette nuit-là est une nuit particulière pour nous, sorcières. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, est célébré le mariage de la Déesse et du Dieu, ou de Lilith et Samaël selon les croyances, unissant le principe féminin au principe masculin dans un parfait équilibre et une parfaite harmonie. Mais, c’est également la nuit, où comme à Samhain, le voile entre les Mondes est des plus fins. « Walpurgisnacht » ou « Hexenbrennen » en allemand, est une fête païenne célébrée clandestinement dans toute l'Europe depuis des siècles, malgré les interdits et les excommunications de l'Église. Identifiée au sabbat des sorcières, elle est surtout le symbole de la fin de l'hiver, en corrélation avec le sabbat de Beltane. Le caractère magique, voire sulfureux, de la Walpurgisnacht trouve son origine dans la diabolisation qu’en a fait l’Église transformant les déités de la fécondité en démons et diables, comme l’a parfaitement illustrée la Danse de la nuit de Walpurgis dans le Faust de Goethe.

La première mention de cette fête se retrouve dans un texte dénommé « Calendarium Perpetuum » datant de 1603 de Johann Coler, mais il est certain que son origine est beaucoup plus ancienne. Cette nuit est célébrée avec des feux de joie, des danses et des rituels ayant pour but d’éloigner la mauvaise sorcellerie. La tradition voulait que les sorcières se réunissent en haut des collines autour de grands feux, célébrant l’arrivée du Printemps. Dans certains lieux, Walpurgis était perçue comme « le bûcher des sorcières », où des effigies de sorcières étaient jetées dans les flammes afin de mettre un terme à l’hiver et les éloigner des villages. De nos jours, la fête est surtout présente en Suède sous une forme modérée, dite « Jour de la Valbotgsmässoafton » : les étudiants d’Uppsala se réunissent à la rivière Fyris traversant la ville et détruisent leurs casquettes d’hiver. En Allemagne, des feux de joie sont allumés autour desquels des rituels de purification sont pratiqués. On suspend souvent des rameaux bénis aux maisons et aux bâtiments de ferme pour éloigner les mauvais esprits. Des tartines de pain beurrées et recouvertes de miel, appelées « ankenschnitt », sont également laissées en qualité d’offrandes à de mystérieux chiens fantômes ou chiens-loups, gardiens et messagers des forces surnaturelles. Les Finlandais, quant à eux, organisent un carnaval où le déguisement le plus présent est celui de la sorcière et où l’on partage une boisson nommée « sima », variante de l’hydromel. Ces célébrations sont enclines au chahut, au désordre et aux farces.

Après la christianisation des peuples nordiques, les célébrations païennes furent assimilées à la légende de sainte Walpurga (710-779), religieuse anglaise abbesse de Heidenheim en Franconie à partir de 761 et canonisée le 1er mai 870.

Pour ma part, le voile entre les mondes étant le plus fin, j’« honore » le Peuple silencieux, l’Autre Monde, le monde féerique et les esprits de la Nature en général. Je pratique un petit rituel tout simple où je place sur mon autel 4 bougies symbolisant les Éléments avec un objet les représentant. Puis, en récitant une incantation créée pour l’occasion sur l’instant, je fais une offrande de lait, miel, fleurs, biscuits pour les remercier de leur œuvre pendant l’hiver et leur demander la protection de la flore et la faune qui m’entourent durant le reste de l’année à venir.

À travers toutes les différentes célébrations de cette nuit de Wapurgis, on peut y voir une fête communautaire, à laquelle est conviée toute personne désirant exorciser les fantômes de l’hiver et accueillir le printemps, tout autant que célébrer le renouveau aux côtés des diables et des sorcières…

Corinne, France