OGHAM, L'ALPHABET DES ARBRES
Corinne (France)

En préambule, je tiens à vous indiquer que quasiment tout ce qui est en lien avec cet alphabet est débattu, que ce soit son nom (ogham, ogam, oġam), sa prononciation, ses caractéristiques, son origine. Comme le précise Sandra Kynes, « tout comme le calendrier de l’arbre, c’est la valeur qu’on lui donne qui donne tout leur sens ». Beaucoup d’informations sur l’Ogham sont issues du magnifique « The book of Ballymote », manuscrit de la fin du XIVᵉ siècle, dans lequel figurent des textes mythologiques irlandais et une description de l'écriture oghamique.

Sa datation est tout aussi complexe. On date son apparition entre le IIIᵉ et le Vᵉ siècle. James Carney (« The Invention of the Ogam Cipher 'Ériu' », 1975) estime que leur invention serait du Iᵉ siècle av. J.-C, en se référant au « Táin Bó Cúailnge », épopée mythologique irlandaise. Il existe environ 400 inscriptions sur des monuments en pierre en Irlande et en Grande-Bretagne, dont la majeure partie provient du sud de l'Irlande (comtés de Kerry, de Cork et de Waterford). La plupart sont des textes très courts, composés principalement de noms de personnes datant du Vᵉ - VIᵉ siècle. Mais, on peut logiquement envisager qu'avant l'écriture monumentale, il y ait eu une période d'écriture sur des supports périssables ou plus petits.

Selon la légende, l’Ogham aurait été créé par Ogma/Ogmios, fils de Breas, dieu de l’éloquence, de la littérature. D’autres objectent que cet alphabet est une manière d’écrire les runes nordiques, ou que son origine est grecque (« ogmos » signifiant sillon; les lettres gravées forment des sillons dans le support) et du commerce existant.

Quant à son utilisation, les choses ne sont pas non plus fixées. Selon certains auteurs, elle était réservée aux représentants de la classe sacerdotale, les Druides ; mais ces derniers privilégiaient la tradition orale, car l'écriture, proscrite en tant qu'archive ou moyen de transmission du savoir traditionnel, était considérée comme morte et fixant éternellement ce qu'elle exprime. Dans The book of Ballymote, il est indiqué qu’usage en fût fait pour communiquer et passer inaperçu aux yeux des non-initiés, transmettant une information au-delà d’un nom ou d’un mot écrit, de manière cryptée. Un manuscrit médical du XVIᵉ siècle mentionne des remèdes faisant usage des lettres oghamiques : frapper une personne infectée avec un bâton marqué d’ogham et de son nom, pour la débarrasser de sa maladie (l’essence du bois devait être choisie en fonction du traitement, tout comme la lettre, bien sûr). L’Ogham est associé à un alphabet des poètes utilisé par les bardes, considéré comme des conteurs sacrés, gardiens des rituels. Par ailleurs, les histoires, les mythes et la sagesse étant transmis oralement, Robert Graves énonce l’hypothèse que l’Ogham ait pu servir de système mnémotechnique, d’aide-mémoire utilisé par les druides et les bardes, portant avec eux des « taball-lrog » ("la strophe des poètes"), un ensemble de bâtons plats recouverts de signes oghamiques connectés entre eux comme un éventail.

L'alphabet oghamique comprend 20 lettres appelées « feda » et un groupe de 5 lettres supplémentaires (diphtongues) appelées « forfeda », ajoutées dans le but de s’accorder avec les lettres grecques et latines. Les lettres sont divisées en groupes de 5 lettres appelés « aicme », dénommés chacun d’après leur 1ère lettre : « aicme Beth », « aicme Húath », « aicme Muin », et « aicme Ailm ». Les 15 premières sont des consonnes et les 5 autres des voyelles. Il peut être lu horizontalement de gauche à droite, ou verticalement de bas en haut. Le point de départ se matérialise le plus souvent par un V reprenant la forme de flèches ou de plumes. Chaque lettre oghamique est associée à un arbre dont elle est le nom, et à ses énergies et propriétés magiques. La forme des lettres oghamiques la plus connue est la « gamme de Fionn ». Le manuscrit « Ogam Tract » dans The book of Ballymote contient 92 versions de ces caractères que l’on appelle "gamme", qui sont plus envoûtantes les unes que les autres (les gammes 70 et 89 sont connues en qualité de "branche sacrée"). Ainsi, il est intéressant de choisir et de travailler avec la gamme qui vous parle le plus, mais il est aussi possible de créer votre propre ogham pour le rendre encore plus magique et puissant.

Toujours dans une attitude de personnalisation, d’appropriation de la magie, je trouve pertinent et amusant de fabriquer ses propres supports pour y inscrire l’écriture oghamique : bâtonnets, lattes, cartes, rondelles de bois, pierres, morceaux de verre polis, ou autre outil qui vous correspond et vous convient. « Fabriquer vos propres outils leur permet d’être imprégnés de votre énergie, qui les personnalise et les rend plus puissants » (Sandra Kynes). Pour ma part, j’ai choisi les bâtonnets de bois pour leur côté pratique et approprié. Je voulais faire correspondre l’essence du bois qui était associée avec la lettre afférente, mais ça s’est avéré plus complexe que prévu… J’ai donc créé une version simplifiée et terminerais la première au fil de mes rencontres avec les arbres.

Il y a peu de référence à son usage pour la divination et en magie en général. Il est possible de pratiquer une divination moins prédictive, mais en s’attachant aux messages/indices sur ce qu’il est bon que l’on sache, apprend, vers quoi il faudrait s’orienter par rapport à telle situation, quelle énergie, quel arbre pourrait nous aider, nous donner la motivation, le courage, etc. … au-delà de la divination, je pense que l’usage premier que l’on doit faire de l’Ogham, est de nous aider à se connecter, à accéder à l’énergie de chaque arbre dans un rituel, une méditation. En plus de créer un lien spirituel avec un arbre, n’oubliez pas de vous intéresser à ses propriétés physiques, sa classification, sa manière de croître, son environnement, son étymologie et appellation, son histoire; tout cela et plus encore, vous permettra une connexion approfondie, plus intime et intense. Pour prolonger, accentuer cette connexion, portez quelque chose de représentatif de cet arbre sur vous, ce qui pourrait aussi servir de talisman, d’amulette.

Maintenant, il ne vous reste plus qu’à aller en forêt, connecter avec les arbres et vous mettre à l’ouvrage!!!

Corinne, France