SABBAT DE BELTANE
Corinne (France)

Ah!! Lá Bealtainn et ses fleurs qui éclosent partout!!! Les oiseaux qui gazouillent et les abeilles qui bourdonnent gaiement!! Enfin, voici le mois celtique de Giamonios, le mois de la fin de l’Hiver!! La saison lumineuse est arrivée et il est temps de la fêter!! Sabbat majeur, festival du Feu à mi-chemin entre l’équinoxe de Printemps et le solstice d’Eté, Beltane ou Beltaine est synonyme de fertilité, d’abondance, de protection, de lumière, d’amour et de sexualité. C’est le moment où la végétation est en plein essor, moment de se connecter aux forces de Vie de la Nature, de respirer les énergies de l’Univers, mais aussi un temps pour demander protection et remercier, prospérer et grandir au milieu de ce souffle vital d’amour qui nous entoure.

La plupart des célébrations se font à la date du 30 avril et 1er mai, du coucher du soleil le dernier jour d’avril jusqu’au coucher du soleil du premier jour de mai. Notons qu’à l’époque des Celtes, cette date était fixée en fonction des signes de la Nature, et notamment la floraison de l’aubépine. Les Druides s’attachaient et s’attachent encore aujourd’hui à la course des étoiles : le Soleil doit être à 15 degrés du signe du Taureau, maître astrologique de Beltane, constituant un instant de pouvoir important de l’année. Ainsi, astrologiquement, Beltane devra être fêté le 5 mai cette année.

Ce sabbat marque un seuil dans l’année, car c’est un changement de vie pour les civilisations reprenant leurs activités diurnes comme la chasse, la guerre, les conquêtes pour les guerriers, les travaux agraires et champêtres. En ce sens, Beltane est une période propice pour les rituels de passage entre les périodes froide et chaude, entre l’obscurité et la lumière, entre la mort psychique et la renaissance spirituelle. À Imbolc, nous avons préparé les germes de nos pensées. Ostara a été la fertilisation du terreau pour leur plantation. Avec Beltane, il est l’heure de la fécondation, de la pollinisation pour animer « la Manifestation de la Création » qui se produira à Litha…

Dans la tradition wiccane, le Dieu cornu dans sa personnification du jeune homme vigoureux est prêt à s’accoupler avec la Déesse; ils fêtent ainsi leur mariage et union sacrés. De même, le Roi chêne, symbole de l’aspect lumineux du Dieu, règne en maître absolu après avoir triomphé du son pendant obscur, son jumeau le Roi Houx. Dans le « Lebor Gabála Eren » retraçant l’histoire des premiers peuples envahisseurs d’Irlande dans la mythologie celtique irlandaise, il est énoncé que la Tuatha Dé Danann, dieux qui viennent des quatre îles du nord du monde (Falias, Gorias, Findias et Murias), débarque sur les côtes irlandaises un mardi, le 14ᵉ ou 17ᵉ jour des calendes de mai, correspondant à cette période.

Comme Samhain, Beltane est un instant où le voile entre les mondes est le plus fin. La magie féerique y prend une grande place. Dans les anciennes populations agraires, cette célébration coïncidait avec la transhumance du bétail et il était donc de coutume de demander, honorer et apaiser les Aes Sidhes (Peuple du Sidh, Autre Monde ou encore Fées) pour s’assurer de bonnes récoltes, la protection des bêtes et encourager la croissance des cultures. Des offrandes de lait, miel ou d’aubépine étaient placées aux pieds des arbres liés au Peuple silencieux, dans les sites sacrés ou tout simplement sur le seuil des maisons.

Le feu joue un rôle important dans les célébrations de Beltane. Comme lors du sabbat de Samhain, son antithèse, les foyers des maisons étaient éteints et ensuite rallumés à partir des feux sacrés appelés « feux du besoin ». Il était de coutume de faire passer le bétail entre 2 immenses brasiers pour leur apporter santé et protection (cette tradition a été étendue également au peuple lui-même). Les Druides honoraient le dieu Lugh ou Belenos en allumant de grands feux, dont les cendres avaient des vertus protectrices. Au Pays de Galles, la collecte du bois elle-même était ritualisée : 9 hommes partaient en forêt pour ramener des branchages des 9 arbres sacrés (bouleau, chêne, sorbier, saule, aubépine, noisetier, pommier, vigne et sapin). Il était de tradition de cuire un gâteau d’avoine sur les braises du feu sacré, divisé en autant de part que de personnes. Une des parts était noircie au charbon; la personne qui la choisissait était la « Vieille Dame de Beltaine » (« cailleach beal-tine »), qui était virtuellement sacrifiée dans les flammes. Mais, les feux étaient aussi le terrain de festivités, de danses circulaires, de chant, de pique-nique.

Ce sabbat doit être rapprochée des Floralies, festival annuel en l’honneur de Flora, la déesse de la floraison des plantes, durant la Rome antique. Selon Ovide, Flora, nymphe du nom de Chloris chez les Grecs, se baladant dans les Champs Elysées, a séduit par sa beauté, le Vent d’Ouest Zephyr, auquel elle ne put échapper. Zéphyr en fit son épouse et lui donna le titre de déesse de tout ce qui fleurit sur la Terre. Les premières Floralies eurent lieu en 238 avant notre ère pour commémorer la fondation du temple de la déesse, et sont devenues une fête annuelle en 173 avant notre ère pour attirer la fertilité du bétail, des sols et du peuple. Ce festival incluait des jeux, des spectacles d’effeuillages, des représentations mimétiques, des danses, le tout dans une ambiance libertine et extravagante.

Les fleurs constituaient l’élément prépondérant de ce festival, comme offrande, décoration, symbole, personnification. La fleur du 1er Mai notamment en France est le muguet (convallaria majalis), et cela depuis l’Antiquité. La légende grecque veut que le muguet fût créé par Apollon, dieu du Mont Parnasse, pour en tapisser le sol afin que ses 9 muses ne s’abîment plus les pieds. Autre légende, le premier muguet a fleuri lorsque Eve a été chassée du Jardin d’Éden : à chaque endroit où tombait une de ses larmes, un brin de muguet émergea. Cette tradition a été officialisée en 1561 par Charles IX : toutes les dames de la cour recevaient ce brin de muguet en porte-bonheur. Cette fleur est symbole du Printemps, de la fougue de la jeunesse, de coquetterie et de retour du bonheur.

La célébration de Beltane est étroitement liée à des énergies d’amour et de sexualité. En Angleterre, le « Handfasting » ou « cérémonie des mains » est pratiquée dès le XIIᵉ siècle, comme un engagement à mi-chemin avec les fiançailles et le mariage, symbolisé par les mains des amoureux nouées avec un ruban rouge. Une autre coutume voulait que les jeunes gens se rendent en forêt la veille du 1er Mai, afin de s’adonner à des jeux amoureux, en corrélation avec l’union des énergies faisant fleurir la Nature. La magie amoureuse et sexuelle est très présente lors des fêtes, se déroulant dans une ambiance légère, frivole et tapageuse, dont « The Beltane Gathering » à Darlington dans le Maryland est une excellente illustration.

Quelle que soit votre manière de célébrer Beltane, c’est un moment dédié à la fertilité, la créativité, la croissance où « la Nature s’épanouit et l’esprit de l’Homme fait de même » (Mélanie Marquis, « Beltane », éd. DANAE).

Corinne, France