SABBAT D'IMBOLC
Corinne (France)

La Roue de l’Année s’est arrêtée sur le sabbat d’Imbolc, là où les premiers signes du Printemps pointent le bout de leur nez, à l’instar des perces-neiges, petites fleurs immaculées magnifiques, si courageuses, ou encore les chatons de noisetiers qui prennent forme. Sous la terre, une vie nouvelle s’éveille tout doucement…

Il existe peu de sources archéologiques et écrites sur cette fête associée à la venue proche du Printemps et à l’accroissement de la chaleur du soleil. Les plus vieilles mentions d’Imbolc datent du Xᵉ siècle. Dans la lignée du sabbat de Yule, ce festival solaire est associé à des énergies de purification, de fécondité et du pouvoir de la lumière. Il est fêté au début du 4e mois de l’année celtique, « Anagantios », selon le Calendrier de Coligny, représentant le mois de la protection et de la bénédiction. Cela tombe pour nous le 1er-2 février, en parallèle avec la Chandeleur catholique, mais selon le calendrier astrologique, ce sera le 3 février.

Son étymologie reste incertaine, mais 2 hypothèses restent pertinentes : « imbolc » signifiant en vieil irlandais « dans le ventre » (nous sommes à la période des agnelages; « oimelc » signifie « lait de brebis » dans le Glossaire de Cormac) et, sa variante « imb-fholc » signifiant se nettoyer, se purifier (Anagantios signifie protection, bénédiction). Je ne penche personnellement ni pour l’une ni pour l’autre, mais pour les deux, car l’une et l’autre sont transposables au symbolisme de cette fête intermédiaire entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps, qui représente le moment de se débarrasser des affres de l’hiver et de stimuler le retour du soleil.

Un rapprochement peut aussi être fait avec la fête romaine des Lupercales, qui avait lieu à la fin de l'hiver et était célébrée près d'une grotte nommée la Lupercal – où la louve aurait allaité Romulus et Remus –, en l'honneur de Faunus, dieu de la forêt et des troupeaux. C’était une fête de purification, de passage où la mort laisse place au souffle vital et à la résurrection.

Pour réellement appréhender ce sabbat, il faut se replacer dans le contexte de vie de nos ancêtres, loin de notre confort actuel qui peut parfois être pernicieux. Devant se plier au rythme de la nature pour survivre, ils voyaient leur confort de vie augmenter avec le retour de la chaleur. Après un hiver synonyme de rationnement, Imbolc marquait le début d’une diversification et d’une amélioration de l’alimentation. La nature recommençait à les nourrir, le froid ne les menaçait plus et la lumière du soleil leur permettait d’être en activité une grande partie de la journée. Cette fête signalait ainsi la reprise des travaux aux champs, et le moment de préparer la nouvelle année : vérifier ses outils, labourer pour les semailles, consacrer les graines, fabriquer de nouvelles bougies, etc. ... Dans les civilisations celtes, de grands bûchers étaient allumés pour aider la renaissance du soleil et hâter la venue du printemps. C’était une fête tournée vers la lumière, l'espoir et le retour du soleil.

Cette célébration fut par la suite étroitement liée à la déesse Brigid dans la tradition celtique irlandaise, et prendra le nom gaélique « Là Fhèill Brighde ». Les plus vieilles sources écrites sur cette déesse se trouvent dans le « Lebor Gabála » (cosmogonie de l’époque médiévale irlandaise) et le « Cycle d’Ulster » (récit de la mythologie celte antique). Déesse celte irlandaise, fille du dieu-druide Dagda, mère de Ruadan et épouse de Bres, un Formoire roi de la Tuatha dé Dannan, elle a un aspect tricéphale : Brigid la poétesse, Brigid la guérisseuse et Brigid la forgeronne. Elle incarne également l’esprit maternel, la fertilité de la terre et la personnification de la saison claire. Il a été suggéré que Brigid est une continuation de la déesse indo-européenne de l'Aurore védique « Brhati ». Brebis et agneaux sont des animaux attributs de Brigid ayant une action de protection des troupeaux et de favoriser la fécondité. Elle est la patronne des druides, des bardes, des vates (divination et médecine) et des forgerons. Gardienne du feu sacré, de la maison et du foyer, elle est liée à l’Élément Feu. En tant que déesse de la poésie, elle règne sur ce que les Irlandais appellent en gaélique l’« imbas », le « feu de l’esprit », l’inspiration.

Il est dit que durant la seconde bataille du Mag Tured, elle fut la première « pleureuse » sur le corps de son fils Ruadan, en « inventant » le « keening », un mélange de complaintes, de lamentations musicales, d’éloges et de la généalogie chantée du défunt.

Mais, Brigid n'est que très peu citée dans les textes mythologiques et épiques. Elle a été éclipsée par sainte Brigitte, devenue patronne de l'Irlande à côté de saint Patrick. Par ailleurs, cette fête a été christianisée sous le nom de Sainte Brigitte (le 1er février) en l'honneur de Sainte-Brigitte de Kildare (451/525).

Imbolc porte également des énergies de purification, comme le mentionne le quatrain extrait de « Hibernica Minora » :

« Goûter de chaque nourriture selon l'ordre,
voilà ce que l'on doit faire à Imbolc;
se laver les mains, les pieds, la tête,
c'est ainsi que je le dis ».
En plus de la notion de gestion des stocks de nourriture, on peut y voir une idée de purification de la demeure et de soi-même, afin d’être prêt à accueillir le renouveau du Printemps arrivant. Il convient de terminer tous les travaux de l'hiver en cours, de ne rien laisser à la traîne. Qui plus est, il est de tradition d’inviter Brigid à entrer dans la maison afin de la purifier et de la protéger jusqu'à la prochaine fête d'Imbolc. Lorsque l’on faisait les feux en extérieur, on laissé la cendre près de chez soi, pour voir le lendemain matin si Brigid avait laissé une trace de son passage. Notons qu’en Europe, lors de la Chandeleur, les paysans marchaient en procession dans les champs afin de purifier le sol avant les semailles. Par ailleurs, février provient du latin « februarius », dernier mois du calendrier romain, nom dérivé du verbe « februare » signifiant purifier. Durant ce mois se déroulait le rituel de purification universelle annuelle et de renouveau appelé « Februa », car selon Ovide, ce mois était considéré comme un temps à risque par le passage entre la fin et le commencement de l'année.

Chargez-vous des énergies de renouveau, de purification, de fertilité d’Imbolc pour préparer au mieux votre année, la tête emplie de projets magiques!!!

Corinne, France