THIS IS HALLOWEEN!!!!
Corinne (France)

« Boys and girls of every age
Wouldn't you like to see something strange?
(…) This is Halloween, this is Halloween
Pumpkins scream in the dead of night
This is Halloween, everybody make a scene
Trick or treat till the neighbors gonna die of fright
It's our town, everybody scream
In this town of Halloween
(…) Everyone hail to the pumpkin song
In this town, don't we love it now?
(…) Scream! This is Halloween
(…) Life's no fun without a good scare
That's our job, but we're not mean
In our town of Halloween
(…) Won't ya please make way for a very special guy
Our man Jack is King of the Pumpkin patch
Everyone hail to the Pumpkin King, now!
This is Halloween, this is Halloween
Halloween! Halloween! Halloween! Halloween!»

Eh oui!!! Nous voilà au sabbat de Samhain, Halloween !!!!!!! Je débute cette chronique de l’étrange avec quelques extraits de la chanson « This is Halloween » du film « The Nightmare before Christmas », parce qu’elle représente, pour moi, Halloween et ses mystères – et aussi parce que je suis une immense fan de Tim Burton, et de Marilyn Manson qui en a fait une version des plus représentatives de cette fête. Je regarde quasiment à chaque Samhain « Les Noces funèbres » et « The Nightmare before Christmas » et autres films de ce genre, loin des films d’horreur plus dark, même si j’aime aussi ce style. Je perçois dans Samhain, une certaine douceur, et non un moment d’horreur, de peur.

Notons tout d'abord que si la plus grande majorité des sorciers et sorcières fêtent Samhain le 31 octobre, astrologiquement, il doit se fêter dans la nuit du 06-07 novembre. Ensuite, cette année, le sabbat tombe la même nuit que la pleine lune bleue décuplant ainsi les énergies (une autre chronique lui sera consacrée).

Enfin, faisons un peu d’étymologie pour comprendre la signification originelle de ce sabbat. « samhain » est un mot gaélique, « samhuinn » signifiant fin/extrémité de l’été, avec une notion importante d’assemblée en se rapprochant de l’étymologie protoceltique « samani/samoni »; ce qui semble adéquat vu que l'assemblée de Tara se tenait chaque année pendant plusieurs jours aux environs du 1er novembre. De plus, dans le Calendrier de Coligny – calendrier gaulois du IIᵉ siècle fixant les fêtes religieuses et les jours fastes ou néfastes pour les Celtes – fait mention du « Tri nox Samoni », les Trois Nuits de Samhain durant le mois de Samonios, premier mois de l’année celtique. Personnellement, je pense que les deux significations sont valables, puisque nous fêtons ici la fin de la saison claire − les Celtes ne connaissant que deux saisons, celle claire et celle sombre débutant avec Samhain – en nous rassemblant autour de feux, de repas.

À la période de Samhain, la Roue de l’année arrive à son dernier rayon : la moisson est achevée; le Roi Chêne, dieu lumineux, laisse sa place au Roi Houx, son pendant sombre; le Dieu mourant est enterré et la Déesse est descendue dans le monde souterrain où elle est rejointe par son bien-aimé afin de se régénérer durant la gestation hivernale jusqu’au printemps – on peut faire ici un parallèle avec le mythe de Perséphone et Demeter. Il est donc fêté la fin de l’année saisonnière, et le Nouvel An sorcier. C’est une période charnière, un moment intermédiaire, une célébration hors du temps, où il est dit que le voile entre les Mondes est le plus fin, et où la porte vers l’Autre Monde, le Sidh, s’entrouvre. Samhain n’appartient ni à l’année qui se termine ni à celle qui commence. Dans la conception celtique du temps, un an et un jour sont l’équivalent d’une éternité. Ayant un caractère sacré, cette fête était sous l’autorité des Druides et la présidence royale, et était considérée comme une parenthèse dans l’année.

Pour les anciens Celtes, ce sabbat, situé à mi-chemin entre un équinoxe et un solstice, se fêtait sur plusieurs jours : la veille de la pleine lune consacrée à la mémoire des héros et des dieux, le jour de la pleine lune dédiée à celle des défunts, et, le 3e jour était réservé aux réjouissances populaires (banquets, réunions, feux, chants, danses, etc.). Cette célébration est le plus importante des 4 festivals celtiques du feu. Il est vrai que le feu, la lumière a une place majeure dans la célébration de Samhain, que ce soit avec les feux de joie, les bougies déposées sur les rebords des fenêtres, ou encore les citrouilles évidées et sculptées éclairées à l’entrée des maisons. Chaque année, les familles laissaient s’éteindre le feu du foyer pour signifier la fin de l’année, et se rassemblaient pour observer les Druides rallumer le feu sacré de la communauté, tout en récitant des prières, incantations, chantant, dansant et en faisant des offrandes. À la fin, chacun rentrait chez soi avec un brandon allumé au feu sacré qui leur servait pour rallumer à leur tour leur propre foyer, comme un symbole de protection, pour acter la mort et la métamorphoser en renouveau. Des grands feux étaient également allumés sur les collines dès le coucher du soleil, pour remercier d’avoir eu de bonnes récoltes, purifier l’espace et mettre en fuite les esprits négatifs. Depuis l’arrivée du christianisme, cette coutume du feu sacré n’était plus autorisée, mais elle a été transformée en « chaîne de bougies » : les femmes irlandaises fabriquaient une bougie représentant leur foyer, qu’elles allumaient et transportaient chez la voisine en offrant prières et bénédictions. Cette voisine allumait alors à cette flamme sa propre bougie qu’elle donnait à son tour à la voisine suivante. De là, chaque maison était reliée de lumière en lumière par ces bougies.

Une autre coutume invitait les personnes qui devaient sortir cette nuit-là, à se munir d’une lanterne faite d’un navet évidé, attaché à une ficelle, avec à l’intérieur un charbon ardent, pour se protéger. Ces lanternes appelées « jack-o’-lanterns », étaient l’ancêtre des actuelles citrouilles-lanternes, en lien bien sûr avec la légende d’un forgeron nommé Old Jack ayant tenté de jouer avec le Diable, refusé par le paradis et l’enfer, et parcourant les routes la nuit d’Halloween avec comme seul compagnon son navet-lanterne (les citrouilles plus communes dans le Nouveau Monde ont pris la place des navets à l’arrivée des colons).

L’amalgame Samhain et Halloween – venant de « All hallows even » et signifiant veille de Toussaint – au fil des siècles, est à rapprocher de l’arrivée des protestants irlandais d’Ulster aux États-Unis au XIXᵉ siècle, apportant avec eux leurs traditions de fêtes, jeux, parades masquées. On peut dire que Samhain est le sabbat solennel où l’on honore les ancêtres et les morts et où l’on communie avec la Nature; et, Halloween est son pendant plus festif qui nous permet de libérer notre sauvagerie par le biais des déguisements monstrueux, les farces plus ou moins rigolotes et appréciables, comme deux côtés d’une même médaille. La tradition des farces trouve son origine dans une coutume païenne en lien avec les Fées : ces farces étaient faites soit afin de les accuser de ces actes et d’échapper à la punition, soit de les tromper. La majorité des farces étaient liées au seuil des maisons : retirer les gonds des portes, badigeonner les fenêtres de savon ou de chaux, enlever les piquets des barrières, remplir les serrures de colle, par exemple. Les farces devenues un réel problème, les grandes villes américaines dans les années 1950, ont organisé les tournées des maisons, les « trick or treat » : on pouvait éviter les mauvais tours en offrant des friandises – qui étaient à l’origine « un petit quelque chose qui fait plaisir » et non obligatoirement des bonbons. Cette pratique est aussi une version moderne de vieilles traditions irlandaises, mannoises et écossaises, où les pauvres allaient de maison en maison, offrant des chansons et des prières pour les âmes des morts en échange de nourriture, le plus souvent du « gâteau des âmes ». La tradition du déguisement qui est juste festif de nos jours, a une origine plus païenne : les portes des Mondes entrouvertes laissaient passer les démons, esprits, morts, et autres créatures; le déguisement permettait de passer inaperçu et d’attirer leur bonne grâce.

Le sabbat de Samhain est également étroitement lié aux Fées. Les Druides procédaient à un rituel pour accéder au monde féerique et faire venir les Messagères, la porte entre les mondes étant entrouverte. Il était coutume de sacrifier en qualité d’offrande une partie du bétail aux Aes Sidhes, Habitants/Peuple du Sidh, afin qu’elles assurent la pérennité du peuple et du bétail. Il convenait aussi d’honorer les Púcas, esprits de la Nature, associées à la tradition des lanternes-citrouilles, en leur offrant des fruits ou céréales. Selon le folklore gallois, les feux follets ou « fairy fire » sont des lanternes tenues par les Púcas afin d’attirer les voyageurs hors des sentiers battus. Afin d’avoir les bonnes grâces des Cat Sith, ayant l’apparence d’un gros chat noir avec une tâche blanche sur la poitrine, il était d’usage de déposer un bol de lait à leur intention ; elles bénissaient ainsi la maison. De même, les feux étaient allumés dans l’intention d’effrayer les Fées et plus tard, de protéger les demeures de la sorcellerie. La Dame Gwyn pouvait apparaître vêtue de blanc sans tête et maléfique, poursuivant les voyageurs surpris errant dans la nuit. Les Dullahans, Fées de la Cour Unseelies se rattachent aux Conseillers/Meneurs des morts et à la divinité du Crom Cruach, dieu de la fertilité, emblème du soleil et, sont représentés comme un cavalier sans tête monté sur un cheval noir aux yeux rouges et tenant sa tête en guise de lanterne ; le croiser était un présage de mort. Il avait le rôle du héraut de la mort, appelant l’âme des personnes sur le point de mourir. Un autre élément reliant étroitement les Fées à ce sabbat, est la Chasse sauvage – également appelée l’Armée des Fées – qui se passait lors de la nuit de Samhain : les tertres des Fées s’ouvraient et la Chasse sauvage en sortait. Il est dit que le Dieux Cernunnos et la reine des Fées commandaient cette grande chasse à travers le ciel de la nuit. Par ailleurs, honorer les ancêtres est une pratique courante en magie féerique, nous permettant de garder un lien avec nos origines et l’esprit de nos ancêtres. Les Aes Sidhes et les Unseelies (ou Cour de l’Automne), vivant sur les terres des esprits défunts sont particulièrement enclines à nous aider dans ce travail.

Samhain est considérée avant tout comme la fête des Morts, où l’on rend hommage à nos ancêtres, nos défunts dans une manifestation d'espoir et de joie, un recueillement respectueux, un respect pour ces mondes invisibles qui partagent notre espace. Le voile entre le monde des morts et des vivants s’effiloche, et permet la visite des morts aux vivants. Les portes des maisons restaient déverrouillées pour ne pas empêcher la visite des défunts. En Bretagne, il ne fallait pas balayer devant sa porte d’entrée le 31 octobre après le coucher du soleil, pour ne pas balayer les âmes des morts avec la poussière. Des torches ou des lanternes étaient placées au bord des allées pour éloigner les sorcières, mais aussi et surtout pour éclairer le chemin des ancêtres qui traversaient le voile. Il est coutume d’allumer des bougies et de les placer sur le rebord des fenêtres pour guider les esprits des défunts vers le royaume des morts et de laisser de la nourriture devant les maisons pour éviter leur visite. Mais, il est aussi coutume d’enterrer des pommes et/ou des grenades afin de nourrir les âmes défuntes. L’usage veut donc de « nourrir les morts » par le biais d’un dîner silencieux ou à voix basse, où l’on invite au début du repas les ancêtres et à la fin lorsqu’ils doivent partir à voix haute. Lorsque l’on porte un toast à leur mémoire, il est dit de verser un peu de votre boisson sur la nappe en guise d’offrande. De même, un siège ou plusieurs, doit rester vide, et, une place à table leur est réservée. Les plats préparés lors de ce dîner étaient ceux préférés des défunts. Une autre façon d'honorer les ancêtres est que chacun à tour de rôle se présente en mentionnant sa lignée pendant le rituel. Par exemple : Je suis un/une tel(le), fils/fille de ..., fils/fille de ..., etc., en essayant de remonter le plus loin possible en arrière.

Dans les traditions irlandaises, si les adultes discutaient des événements de l’année écoulée et se racontaient des anecdotes afférentes aux proches disparus dans l’année ou aux ancêtres communs, les enfants jouaient à des jeux en lien avec les rituels de Samhain comme les jeux avec des pommes dans l’eau. En plus d’être une fête rassemblant la famille, Samhain avait aussi un rôle dans l’arrangement des mariages, les célibataires pouvant ainsi faire connaissance entre eux à travers différents jeux et traditions de divination tournant autour de l’identité du futur époux/épouse : divination avec les pelures et pépins de pommes, les noix, le « snap apple », le chou kale placé au-dessus de la porte de la chambre, le jeu de l’alphabet, le gâteau muet, la boule de ficelle, ou encore la divination à l’aide de farfadets appelés « killmovlis ».

Les peuples slaves et latins se préparaient à recevoir de réelles visites de leurs défunts, en nettoyant à fond leur demeure, cuisinant de bons plats, et s’habillant sur leur 31. Au Mexique, la fête de la Dia de los Muertos, le 1er novembre, rend hommage aux morts par des processions et des offrandes d’aliments et de fleurs. Des autels sont dressés dans les maisons où tous les ancêtres ont leur photo et leurs offrandes. Des murs extérieurs à l’intérieur des foyers, tout est décoré et fleuri en l’honneur des âmes voyageuses, des découpages en papiers (« papel picado »), des têtes de mort en sucre et en bois (« calaveras »), mais surtout des plats préférés du défunt prennent place sur les autels. Le dernier jour, fêtes et banquets sont organisés dans les cimetières, où les tombes ont été lavées, et décorées à cette fin. Les âmes des défunts sont chéries, choyées, chantées, accompagnées puis raccompagnées lorsque la fête est finie. La mort devient une fête ! Cette célébration inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO prend son origine dans les civilisations précolombiennes il y a 3000 ans.

L’hommage à nos ancêtres et à nos défunts peut être la seule action d’allumer une bougie devant la photo de ces derniers, raconter en famille ou entre amis des anecdotes à leur sujet, leur parler que ce soit par la cartomancie, l’écriture ou la méditation, ou simplement à voix haute, fleurir les tombes. La communication et leur accueil dans nos vies sont essentiels dans la pratique magique; leurs enseignements ne sont que trop souvent omis, oubliés et dénigrés.

A l'arrivée du christianisme, la mort fut considérée comme un événement macabre et les peuples commencèrent à avoir peur des esprits, des fantômes et de la mort elle-même. Des superstitions se développèrent et l'on vit apparaître dans les chaumières des lanternes hideuses pour faire peur aux morts et les éloigner. La mort devient donc effrayante et la tradition de la visite des morts aux vivants fut transformée en retour des âmes refusées du Paradis, devenues les cohortes infernales. De là découlent aussi les coutumes d’Halloween liées à l’horreur, la peur, et les déguisements en monstres, sorcières, vampires et autres créatures dites effrayantes.

Ainsi, on a pu voir que Samhain a une dimension plus profonde que simplement une fête déguisée en sorcière chantant, dansant autour d’un feu. La dualité de ce sabbat alliant été/hiver, morts/vivants, lumière/obscurité, met chaque pratiquant face à sa propre dualité, à sa propre part de luminosité et d’obscurité qui nous constituent, et nous indique qu’il ne faut vivre sans sa part sombre, qu’il ne faut en aucun cas la renier. C’est une nuit où les énergies sont à leur paroxysme, où les Mondes visible et invisible sont les plus proches. Ce sabbat est synonyme de transformation, de transmutation, de mouvement, de renouveau, de communion avec la Nature et ses ancêtres et défunts, de métamorphose. C’est une pause temporelle entre deux années pour nous permettre aussi de nous pauser, nous reposer, et faire le bilan de l’année écoulée, chasser le négatif dans sa vie (personnes, habitudes, situations, etc.), et repartir tous neuf pour une nouvelle année.

Bon sabbat de Samhain et joyeux Halloween !!!!!!!

Corinne, France