DE LA MAGIE EN CUISINE
Corinne (France)

À chaque chronique concernant la célébration des sabbats, je vous partage des recettes de cuisine en lien direct avec les sabbats et vous parle de cuisine devenant un rituel magique en soi, une pratique magique en elle-même. Le mot « cuisine » vient du latin « coquina » devenu « cocīna » en bas latin, signifiant élaboration des mets et pièce où cuisiner. Il faut comprendre tout d’abord que la cuisine magique « n’est pas la cuisine de tous les jours, c’est un acte fait en conscience, où les outils du quotidien deviennent des alliés magiques » (Lisbeth Nemandi). De même, les ingrédients sont choisis en fonction de leurs correspondances et de leur propriété magique, mais aussi parce que ce sont des légumes de saison, bien évidemment. Pour aborder la « kitchen witch », je vais faire appel à Scott Cunningham − « Scotty » pour les intimes comme dirait Valérie – et à son ouvrage intitulé « La cuisine wiccane », aux Éditions DANAE. Petit aparté, je pense qu’un titre plus général aurait été plus adapté, comme « La cuisine magique » ou « la magie culinaire », car ce guide n’est pas seulement pour les wiccans, mais pour toute sorcière, toute personne ayant cette volonté de rendre sa cuisine rituelle, au-delà de la simple préparation de plats et de manger pour se nourrir.

Comme vous le savez peut-être, Scott Cunningham, sorcier pratiquant la magie élémentale, a mené nombre de recherches et d’études et a écrit de nombreux livres traitant de différents et divers sujets ésotériques comme les cristaux, la phytothérapie, l'aromathérapie, la magie naturelle, la wicca solitaire et éclectique, les encens, les éléments, etc. qui ont contribué à la diffusion de la wicca dans le monde, malgré ses détracteurs.

La cuisine, la nourriture avaient un rôle majeur autrefois dans les fêtes et célébrations, mais aussi dans la vie et la survie quotidiennes des peuples. « Nous avons perdu la connaissance des anciennes magies; et nous avons oublié également les traditions mystiques qui ont trait à la nourriture. Mais des énergies intemporelles vibrent encore dans nos repas. Elles attendent que nous les percevions, et que nous en fassions usage » (Scott Cunningham); c’est que je vais essayer de vous inviter à faire ici.

L’auteur décrit son œuvre comme un guide pour choisir, préparer rituellement et manger des plats en conscience, où « nous unissons nos énergies avec celles qui existent dans les aliments », dans le but de produire des changements nécessaires dans notre vie : « c’est un guide des transformations que nous pouvons apporter à notre vie au moyen des aliments que nous mangeons ». C’est cette approche de la magie culinaire avec cette notion d’autotransformation qui m’a beaucoup interpellée. Il ne s’agit pas seulement de préparer des plats en conscience dans une intention rituelle magique, mais de procéder à des transformations concrètes dans sa vie, la magie étant un déplacement d’énergies naturelles pour produire des changements, le tout en utilisant le pouvoir personnel de la visualisation et le pouvoir tellurique. « Manger (et ensuite, digérer) est un acte de transmutation. (…) Vous devez avoir conscience des aspects supérieurs de la nourriture à chaque fois que vous mangez. » On ne parle donc pas seulement du déjeuner ou du dîner, mais de chaque repas de la journée : les casse-croûte, les petits-déjeuners, les goûters, les grignotages.

Cet ouvrage s’articule autour de 5 parties. Une première partie introductive où sont traitées les bases de la magie dans la cuisine : le pouvoir des aliments, les outils de cuisine, le rituel du repas, et les festins lors des sabbats. Dans son chapitre consacré à la pratique, Scott Cunningham expose et explique les étapes du processus de la magie culinaire. Tout d’abord, il nous faut prendre conscience de ce que nous voulons changer en nous-mêmes et décider de le changer – c’est peut-être la phase la plus importante et la plus complexe. Cela fait, allons faire notre marché paysan local bien sûr!!! Il nous faut choisir les aliments contenant les énergies adéquates, mais aussi des aliments qui nous plaisent – il ne s’agit de nous forcer à manger un aliment qui ne nous plaît pas, voir nous rend malades, tout ça parce qu’il contient la propriété magique recherchée; il n’y aurait aucun résultat. Après avoir fait son marché, la préparation de ces aliments doit être faite en visualisant l’intention, le changement que l’on souhaite obtenir. La visualisation à ce stade sert à éveiller les énergies en soi et dans les ingrédients, les charger en fait. L’auteur nous montre que les actes simples de découpe, épluchage, notamment entrent dans la pratique de la magie culinaire, et ont une signification, une énergie entrant dans le processus. Le plat prêt à être mangé, il convient en préalable de prendre un petit instant pour prendre conscience des énergies en présence, avec une prière, une incantation ou toute autre chose qui vous permet de ressentir ces énergies. De même, lors de la préparation du plat, une incantation, une formule magique peut être ajoutée à l’intention produite. Pendant que l’on va manger, il faut le faire en visualisant votre objectif. Par ailleurs, l’acceptation de l’énergie de la nourriture ingurgitée et le fait de laisser le temps à la magie de faire son travail sont deux choses très importantes qu’il ne faut pas omettre. Notons qu’il ne suffit pas de manger des aliments en relation avec le changement magique demandé qu’une seule fois, il faut le faire au moins durant une période raisonnable, ou jusqu’à ce que le changement se soit produit; c’est selon vous.

Avec cette première partie vous avez en main tout ce qu’il vous faut pour passer en pratique, si ce n’est un répertoire, une encyclopédie des aliments et de leurs énergies magiques correspondantes. Mission accomplie avec la deuxième partie!!! Y sont répertoriés les aliments les plus usités par groupes comme le pain et les céréales, les gâteaux et biscuits, les légumes, les fruits, les épices et aromates, le miel/sucre/chocolat, le sel/vinaigre, les soupes, les fruits à coque, les produits de la mer, les boissons alcoolisées, le thé et le café, les œufs, les produits laitiers. Pour chaque aliment, il y est indiqué son nom français et latin (très utile pour trouver l’ingrédient de manière exacte), la planète et l’Élément auxquels il est relié, son usage historique, culturel, mythologique, et les emplois magiques afférents à cet aliment. Tout cela vous permet donc de préparer vos plats et élaborer vos recettes, en choisissant les aliments en adéquation avec le changement que vous voulez apporter à votre vie. Parfois, l’ajout d’une épice ou aromate, d’un condiment peut suffire; nous ne sommes pas là pour faire des plats immangeables. Il faut se faire plaisir en mangeant des aliments « utiles » pour notre magie culinaire.

La troisième partie est consacrée aux « régimes magiques » conçus pour opérer un changement différent : amour, protection, santé et guérison, argent, sexualité, spiritualité, perception psychique, paix et bonheur, purification. Ce ne sont pas des régimes au sens où on l’entend le plus souvent avec une idée de perte de poids – notons que Scott Cunningham a intégré un régime spécifique pour aider à la perte de poids – mais une manière d’intégrer dans notre alimentation des aliments dans un but d’autotransformation avec un rituel magique. Avant de passer à la description de chaque régime et de nous donner quelques idées de recettes, l’auteur émet une petite mise en garde en préambule, où il indique que la visualisation est au centre de ce processus, qu’il faut manger ces aliments avec modération, qu’il faut manger équilibré et manger des aliments qui nous plaisent avant tout. Il nous conseille également d’établir un menu hebdomadaire pour plus de facilité, de ne suivre qu’un régime à la fois, de ne pas changer de régime du jour au lendemain et d’avoir à l’esprit d’offrir quelque chose en retour en gratitude. Chaque chapitre de chaque régime comporte une introduction concernant la transformation à atteindre, la liste des aliments, boissons, desserts, plats afférents, quelque idées de recettes et, une partie rituelle de préparation très intéressante qui permet de donner une signification plus « magique » à la gestuelle habituelle de l’acte de cuisiner, où éplucher, couper, laver prend un sens nouveau, plus spirituel. Ce qui est très appréciable aussi c’est que tout est simple, rien n’est complexifié et, ça laisse un grand champ d’action et de personnalisation.

L’avant-dernière partie rassemble des recettes que Scott Cunningham avait élaboré pour un futur livre dédié aux recettes magiques, mais qu’il n’a pu finir avant sa mort prématurée. Ces recettes sont intitulées « les recettes que Scott préfère » et sont classées par thème : apéritifs, boissons, desserts, légumes et accompagnements, plats principaux, salades, et soupes. Ce sont des recettes simples et appétissantes qui vous permettent de mettre un soupçon de magie dans vos repas et également de vous donner l’inspiration magique nécessaire.

La cinquième et dernière partie regroupe des informations, des données supplémentaires très utiles, liées aux planètes et les aliments qu’elles régissent, aux Éléments et les aliments qui leurs sont attribués, aux signes astrologiques et les aliments associés, et aussi des symboles que l’on peut intégrer dans notre préparation pour augmenter les énergies présentes. Scott Cunningham a ajouté un chapitre sur les usages magiques que l’on peut faire de la « malbouffe », qui je trouve est très pertinent, car nous n’avons pas tous la fibre de chef cuisinier et nous n’avons pas toujours le temps ou l’envie de cuisiner un plat de A à Z malheureusement.

Le livre se termine sur un glossaire très intéressant et une belle bibliographie qui nous propose d’aller plus loin dans notre étude et nous permet d’appréhender la construction de l’œuvre et le processus de recherche effectué par l’auteur, car il y a une référence aux notes parsemées tout au long des paragraphes. Comme vous vous en êtes rendu compte, j’ai découvert et lu ce livre avec un enthousiasme grandissant au fil des pages, et passion. La manière d’écrire est chaleureuse, intimiste; on a l’impression que l’auteur nous prend par la main et nous invite dans ce monde de la sorcière chef cuisinière. Si ce sujet vous intéresse, je vous le conseille plus que vivement!!!

Concernant les correspondances très importantes dans la cuisine magique, mais aussi en magie en général, je voudrais vous parler de l’ouvrage de Sandra Kynes, « Le grand livre des correspondances. Un recueil complet et documenté pour les païens et les wiccans » aux Éditions ALLIANCE MAGIQUE, qui vient compléter l’encyclopédie de Scott Cunningham (même aparté que pour le titre du livre de Scott Cunningham, cette compilation est faite pour toutes les sorcières wiccanes ou pas, païennes ou pas). Sandra Kynes nous propose un recueil de correspondances sous la forme d’une toile, où celles-ci sont « non seulement associées à une intention, mais aussi les unes avec les autres » (Sandra Kynes), permettant d’élargir sa perspective et enrichir son rituel. Elles sont classées, répertoriées, mais aussi croisées puisque « rien n’existe de manière isolée, tout est relié à quelque chose d’autre ». Ainsi, l’emploi de plusieurs correspondances magiques – qu’elles soient celles que l’on utilise d’habitude ou de nouvelles – « nous aide à développer nos intentions et nos pouvoirs, afin de parvenir à créer une vision claire de ce que nous voulons accomplir et de la manière dont nous voulons gérer un problème », ou un processus de changement. La construction en toile des correspondances encourage à pousser plus loin notre exploration personnelle et titille, excite notre curiosité, ce que j’adore par-dessus tout.

Les correspondances magiques nous aident donc à concentrer notre intention, notre visualisation et à diriger notre énergie. Sandra Kynes les a classés en six catégories : le règne végétal regroupant les arbres, les herbes et les plantes diverses; le règne minéral avec les pierres, les métaux et les produits de la mer; le règne animal rassemblant les animaux, les oiseaux, la faune aquatique, les reptiles, les insectes et les créatures mythiques; les divinités et autres entités avec les dieux, déesses, esprits et créatures magiques et les anges; l’astrologie et les divisions du temps réunissant les signes du zodiaque, le système solaire (les planètes), les phases lunaires, les saisons, les jours de la semaine, les moments de la journée, les fêtes, l’Ogham et les runes; le dernier chapitre est consacré aux Éléments, aux directions, aux couleurs, à l’énergie yin et yang, aux chakras, aux nombres et aux arcanes du tarot.

Ainsi, en allant piocher dans cet ouvrage, vous pouvez enrichir vos correspondances pour votre rituel de magie culinaire ou tout autre rituel, cela s’entend. Lors de votre préparation de mets, vous pouvez allumer une bougie dont la couleur reflète votre intention, couper les aliments dans une certaine forme en rapport avec une rune, ou une planète, ou un animal, etc. ... ou la graver sur l’aliment par exemple, ou encore mettre sur votre plan de travail ou votre table, l’image, la représentation, le symbole d’une déité, d’un ange, d’un animal, d’un arbre, d’une créature légendaire, d’un arcane du tarot, etc. … afin d’en amplifier, intensifier les énergies. De même, vous pouvez associer votre rituel de magie culinaire au moment le plus opportun de la journée pour que l’énergie soit à son apogée, ou la phase lunaire adéquate, ou débuter le régime tel jour de la semaine, ou mettre une nappe, une assiette de telle couleur ou de telle forme. « L’emploi des correspondances incarne une énergie à la fois physique et symbolique, et fournit le moyen d’unir le visible et l’invisible ». Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’excès… Ce n’est pas parce que vous aurez rassemblé sur votre plan de travail ou votre table, toutes les correspondances possibles et imaginables en lien avec votre intention que cela va mieux fonctionner, ou fonctionner tout court; il faut une visualisation consciente et profonde et une intention sincère et constructive durant le rituel.

Pour finir, je voudrais vous parler d’une autre manière d’appréhender la magie de la cuisine, par le biais d’oracle lié à ce thème comme le « Witches’ Kitchen oracle cards » de Barbara Meiklejohn-Free et Flavia Kate Peters qui n’est pas traduit en français à ma connaissance, mais abordable même si comme moi vous ne parlez pas couramment anglais. Cet oracle regroupe 48 cartes, où sont illustrés des plantes et herbes, des fleurs, des aliments, des fruits, des condiments sous leurs différentes manières d’être représentés, avec l’intention associée en un mot clef. Au-delà de son aspect divination, il peut vous permettre d’appréhender autrement les propriétés magiques des produits de la nature, et, au travers de tirages, identifier les aliments qu’il vous manque dans votre alimentation, qui sont en excédant, qui doivent disparaître, qui doivent être intégrés, etc. … et entrer pas à pas dans la magie de la cuisine.

J’espère que cette nouvelle chronique de l’étrange vous aura plu. À bientôt pour de nouvelles aventures dans le monde de la sorcellerie et de l’ésotérisme.

Corinne, France